En bref

A Paris, la campagne dynamique et polissée de Sarah Knafo pour l'Hôtel de ville

Un mois après l'annonce hyper médiatisée de sa candidature à la mairie de Paris, l'eurodéputée d'extrême droite Sarah Knafo a réussi à imposer sa présence dans la campagne avec des sondages qui montent...
Sarah Knafo et Eric Zemmour aux 200 ans du Figaro à Paris, le 13 janvier 2026 © JULIEN DE ROSA

Sarah Knafo et Eric Zemmour aux 200 ans du Figaro à Paris, le 13 janvier 2026 © JULIEN DE ROSA

Un mois après l'annonce hyper médiatisée de sa candidature à la mairie de Paris, l'eurodéputée d'extrême droite Sarah Knafo a réussi à imposer sa présence dans la campagne avec des sondages qui montent en lissant l'image du parti d'Eric Zemmour.

Selon un sondage paru lundi, la candidate Reconquête a franchi la barre des 10% d'intentions de vote au premier tour du scrutin des 15 et 22 mars, un niveau qui lui permettrait de se maintenir au second. 

Depuis l'annonce de sa candidature au 20 heures de TF1, la figure montante de l'extrême droite "siphonne" les voix de son concurrent du RN Thierry Mariani, tombé à 4%, et dont la campagne "ne mord pas" dans une ville où le parti à la flamme n'a pas d'implantation, observe auprès de l'AFP Bernard Sananès, directeur de l'institut Elabe.

La compagne d'Eric Zemmour, 32 ans, cartonne sur les réseaux sociaux, avec 500.000 abonnés sur Instagram - plus du double de ceux de Rachida Dati, candidate LR et MoDem.

"Elle fait une campagne très dynamique et visible. Tout le monde sait qu'elle est candidate", observe le politologue Benjamin Morel.

Si Sarah Knafo a écarté officiellement toute ambition présidentielle, beaucoup ne voient dans sa course à l'Hôtel de ville qu'un "tour de chauffe pour 2027", comme le souffle un élu LR parisien.

Dans cette optique, "elle essaie de normaliser en trois mois l'image de Reconquête, ce que Marine Le Pen a fait pour le RN en dix ans", estime Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po.

La charte graphique du maire démocrate de New York Zohran Mamdani dont elle s'inspire, avec son jaune printanier, ses messages "positifs" pour "une ville heureuse"... Autant d'ingrédients qui permettent au parti d'Eric Zemmour de "passer d'une image grinçante, agressive, très masculine et très liée à l'extrême droite, à une image souriante et consensuelle", décrypte-t-il.

Vernis féministe

"Son image est de toutes façons radicale à la base. Donc plus elle essaie de l'adoucir, plus ça va lui profiter", juge l'expert. 

Pas besoin de parler explicitement des sujets migratoires et du "grand remplacement", cher à son compagnon: "il suffit d'y faire allusion, son électorat décode", selon le professeur, faisant un parallèle avec la campagne de Donald Trump.   

Maëlle Lenoir, du collectif #Noustoutes, tacle de son côté le "vernis féministe" de la jeune eurodéputée, citant la vidéo où elle propose d'équiper les lampadaires d'une intelligence artificielle contre les agressions sexuelles. 

On y voit des femmes criant dans des ruelles sombres, une mise en scène destinée selon cette militante à "faire passer en sous-marin le mythe du viol commis par un étranger".

Des affirmations que l'intéressée balaye. La magistrate à la Cour des comptes, chantre d'un libéralisme décomplexé, se revendique gaulliste, mettant régulièrement en avant son adhésion passée à l'UMP et son admiration pour Marie-France Garaud, ex-conseillère de Jacques Chirac. 

"Je veux gouverner la capitale par référendum, comme la Suisse. C'est ça l'extrême droite?" a-t-elle demandé sur CNews.

Sa base électorale est pourtant semblable à celle d'Eric Zemmour, arrivé en troisième position dans la capitale à la présidentielle de 2022, avec 8% des voix au global, et plus de 17% dans le 16e arrondissement, bastion de la droite parisienne.

Même erreur que Zemmour

"On retrouve le type électoral de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980, cette bourgeoisie effrayée par l'arrivée au pouvoir des +socialo-communistes+", analyse Erwan Lecoeur, sociologue spécialiste de l'extrême droite.

Des électeurs aujourd'hui "très remontés" contre les mesures écologistes d'Anne Hidalgo, à commencer par la piétonnisation des voies sur berges que Sarah Knafo veut rouvrir aux voitures.

La candidate tente d'élargir sa base à un électorat "plus jeune, plus urbain, sur lequel elle va concurrencer Rachida Dati", explique Bernard Sananès. En tablant sur la réticence d'une droite traditionnelle à voter pour l'actuelle ministre de la Culture, figure emblématique du gouvernement Macron.

"Dati et Hidalgo, c'est bonnet blanc et blanc bonnet", s'énervait Jacques Vernin, un retraité venu assister au meeting de Sarah Knafo mercredi.

Mais pour Erwan Lecoeur, "elle fait la même erreur qu'Eric Zemmour en 2022 en pensant que son score va encore grimper. Car à droite, les gens veulent gagner et seule Dati promet la victoire".