200 produits par an. Voilà la capacité de production de la chaîne d'assemblage que vient d'inaugurer le groupe Safran le 6 février à Vernon.
Un investissement de 40 millions d'euros auquel ont pris part le Centre national d'études spatiales (CNES) et l'Agence spatiale européenne (ESA), mais principalement financé par l'industriel. Son objet : le moteur plasmique PPS®X00.
Ces tout petits moteurs de 3,5 kg environ sont des concentrés de technologies, destinés à positionner et maintenir les satellites sur leurs orbites, grâce à une poussée de l'ordre de 5 grammes générée par l'expulsion de matière produite par ionisation du Xénon. Légers et donc peu coûteux à propulser dans l'espace, les moteurs PPS®X00 sont capables de résister à l'environnement agressif de l'espace et de conserver une autonomie de l'ordre de 7 à 8 ans. Soit bien plus longue que celle des satellites qu'ils doivent guider : de 2 à 5 ans.
Un marché naissant, mais colossal
Le marché visé est celui du «newspace»… Les fameuses «constellations» de satellites, qu'elles soient privées, comme Starlink, ou portées par les pouvoirs publics. «Le New Space, c'est une révolution incroyable, avec des taux de croissance jamais vus. C'est toute la chaîne spatiale européenne qui doit s'en saisir», a rappelé Philippe Baptiste, ministre en charge de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace, lors de l'inauguration.
Un satellite en orbite basse (qui pèse entre 100 kg et 1 tonne) compte en général deux moteurs plasmiques. La future constellation de télécommunications européenne Iris² devrait compter à elle seule au moins 300 satellites. Une paille quand la Chine parle de 200 000 envois dans les prochaines années. Et Elon Musk, qui compte déjà 10 000 satellites en orbite avec Starlink, vient d'annoncer vouloir en envoyer un million dans les prochaines années pour soutenir le développement de l'intelligence artificielle.
Un doublement de la chaîne déjà envisagé
«C'est une formidable opportunité pour Safran qui investit sur fonds propres pour embrasser ce virage stratégique», a martelé Franck Saudo, président de Safran Electronics & Defense. «C'est tout l'objet de cette chaîne d'assemblage : répondre à un objectif de production industriel», a complété Jean-Marie Bétermier, directeur espace de l’entreprise, qui envisage déjà le doublement de la chaîne.
Selon le groupe industriel, le carnet de commandes est en tout cas plein, avec une dizaine de clients déjà positionnés. Une cinquantaine d'unités ont déjà été livrées et les premières devraient prendre leur envol vers la stratosphère dans les prochaines semaines. Dix personnes travaillent sur la chaine de Vernon, dont trois monteurs et trois soudeurs. Ils approvisionnent et assemblent une centaine de références dont 30% sont produites «localement», en Île-de-France ou en Normandie.
Pour Aletheia Press, Benoit Delabre