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Affaire Boulin: l'ultime "course contre la montre" de sa famille pour la vérité

La famille de l'ancien ministre Robert Boulin a estimé mardi que l'élucidation du mystère autour de sa mort suspecte en 1979, bientôt dans les mains du pôle "cold cases" de...
Fabienne Boulin-Burgeat, fille de Robert Boulin, entourée de ses avocats Didier Seban (à gauche) et Antoine Sauvestre-Vinci, lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 avril 2026 © SIMON WOHLFAHRT

Fabienne Boulin-Burgeat, fille de Robert Boulin, entourée de ses avocats Didier Seban (à gauche) et Antoine Sauvestre-Vinci, lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 avril 2026 © SIMON WOHLFAHRT

La famille de l'ancien ministre Robert Boulin a estimé mardi que l'élucidation du mystère autour de sa mort suspecte en 1979, bientôt dans les mains du pôle "cold cases" de Nanterre, représentait une "course contre la montre".

"C'est une course-poursuite parce que les derniers témoins meurent", a alerté lors d'une conférence de presse l'avocat de la famille, Me Didier Seban, redoutant la disparition des acteurs de l'époque.

En vue du transfert de l'enquête au pôle national des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE), requis par le parquet de Versailles, le pénaliste demande que le mystère entourant le décès de l'ancien ministre du Travail soit résolu "dans les 18 mois", avant le cinquantenaire du drame en 2029.

Le 30 octobre 1979, le corps de ce gaulliste historique, perçu comme un potentiel Premier ministre désireux d'incarner, selon sa fille Fabienne Boulin-Burgeat, "une troisième voie contre l'ultracapitalisme", était retrouvé dans un étang de Rambouillet (Yvelines).

Si la justice avait conclu à un suicide, sa famille privilégie la thèse de "l'assassinat politique", dans un contexte de violences extrêmes marqué sous Valéry Giscard d'Estaing par la mort de trois ministres.

Pour étayer cette piste criminelle, la famille pointe de longue date l'implication du Service d'action civique (SAC, le service d'ordre du parti gaulliste), Fabienne Boulin-Burgeat s'appuyant sur un témoin qui avait relaté "l'implication de Pierre Debizet, le patron du SAC" à l'époque des faits.

"Les assassins de mon père ont tout fait pour faire croire que c'était un suicide, tout ça est complètement plombé par une volonté de tout cacher", a fustigé sa fille.

Celle qui affirme avoir vécu "la peur au ventre" pendant dix ans décrit une "catastrophe judiciaire" aux allures de "vrai polar".

Les manquements dénoncés donnent le vertige. Un mot d'adieu jugé "absurde" n'avait pas été analysé, et la machine à écrire du ministre était restée sept jours sans scellés, "utilisée par un policier pour taper une audition", selon elle.

Pire, une entaille profonde au poignet n'avait jamais été soumise au médecin légiste, car dissimulée par un "gros bracelet" à la morgue.

Des milliers de pièces ont mystérieusement disparu, et d'innocents scellés ont été expédiés au "pilon".

Me Seban réclame une nouvelle autopsie, convaincu que la recherche de micro-algues dans les ossements pourrait prouver l'absence de noyade pour cet homme retrouvé le visage "totalement ensanglanté".

L'avocat lance également un appel solennel à Emmanuel Macron pour déclassifier les archives de l'État, exigeant aussi de la CIA un rapport jusqu'ici expurgé.

Pour Fabienne Boulin-Burgeat, c'est "une lutte pour la République". "Je ne veux pas que la justice française soit aussi disqualifiée", a-t-elle martelé.