Comme ses rivaux Google et Microsoft, Amazon a enregistré un chiffre d'affaires massif au dernier trimestre mais a échaudé en même temps les investisseurs en annonçant une explosion de ses dépenses prévues dans la course aux infrastructures pour l'intelligence artificielle.
Le géant de la distribution et de l'informatique en ligne a publié jeudi des résultats solides au quatrième trimestre 2025, avec un bénéfice net de 21,2 milliards de dollars, notamment tiré par une nette hausse de son activité dans les serveurs et les centres de données.
Sur l'ensemble de l'année 2025, le géant américain voit son bénéfice net atteindre 77,7 milliards de dollars (+31,2% comparé à 2024) et son chiffre d'affaires progresser de plus de 12% à 716,9 milliards de dollars.
C'est toutefois une autre annonce qui a retenu l'attention, celle d'une forte révision à la hausse de ses investissements, désormais prévus à 200 milliards de dollars en 2026 là où les marchés s'attendaient à ce que le chiffre reste sous la barre des 150 milliards.
Le patron, Andy Jassy, a annoncé ce montant astronomique jeudi en le justifiant par "la forte demande pour nos offres actuelles et compte tenu des importantes opportunités qui se présentent dans l'IA, les puces, la robotique".
Rentabilité de l'IA?
Cette annonce est similaire à celle d'Alphabet, maison mère de Google, qui a annoncé mercredi entre 175 et 185 milliards de dépenses d'investissements pour l'année en cours. Microsoft, autre membre du trio qui domine l'informatique en ligne, investit aussi des montants records du même ordre de grandeur, en hausse de 66% au dernier trimestre.
Ces chiffres, qui inquiètent les investisseurs faute de signaux assez solides que la rentabilité va suivre, s'inscrivent dans la compétition que ces trois géants se livrent sur ce marché du cloud, colonne vertébrale du développement de l'IA.
Ce secteur est en pleine frénésie de constructions de centres de données pour accompagner la révolution de l'IA, qui nécessite toujours plus de puces coûteuses et énergivores.
Amazon reste le numéro un mondial de ce secteur du cloud avec sa filiale Amazon Web Services (AWS), dont les ventes se sont établies à 128,7 milliards de dollars en 2025 (+20% par rapport à 2024).
Mais cette progression reste toutefois moins forte que ses deux rivaux, qui refont un peu leur retard.
Les résultats records d'Amazon ne semblent d'ailleurs pas convaincre les investisseurs: le titre, qui avait déjà reculé de plus de 4 points en séance, perdait plus de 9% dans les échanges après la clôture de Wall Street.
Sky Canaves, analyste chez eMarketer reste toutefois optimiste: "l'unité cloud a réalisé l'exploit rare de croître plus rapidement que l'activité publicitaire au quatrième trimestre, avec des marges d'exploitation améliorées".
L'analyste voit d'un bon oeil qu'Amazon se montre "prêt à dépenser plus que ses concurrents".
Il salue aussi les performances sur le coeur de métier d'Amazon, le commerce en ligne, qui a maintenu une croissance solide sur le dernier trimestre, celui crucial des fêtes de fin d'année, grâce à l'efficacité de ses livraisons malgré des promesses de délais toujours plus rapides.
Amazon a par ailleurs complété fin janvier la 2e partie de son plan de suppression de 30.000 emplois, soit près de 10% des 350.000 salariés des fonctions de support ou stratégiques (ressources humaines, publicité, cadres, etc.).
Le géant a justifié ces coupes franches, qui ne touchent pas le gros de ses salariés en entrepôt, par la nécessité de réduire les coûts au nom de la lutte contre la bureaucratie plutôt qu'en raison, pour l'instant du moins, des conséquences de la révolution de l'IA.els-bl/eml