Sur la lancée de ses municipales fructueuses, le Rassemblement national pousse son avantage pour conquérir au moins une première intercommunalité, afin de parachever sa notabilisation. Mais même dans ses fiefs historiques, les résistances restent fortes. La volte-face est aussi silencieuse que spectaculaire. Mi-janvier encore, le RN défendait la suppression des "intercos" et se félicitait d'avoir fait passer à l'Assemblée un coup de rabot de 5 milliards d'euros dans le "millefeuille territorial" - une victoire surprise vite effacée par le 49.3 budgétaire.
Deux mois plus tard, avec 70 maires et 3 000 conseillers municipaux fraichement élus, le millefeuille semble à portée de main. À commencer par Perpignan, où Louis Aliot vise la tête de la métropole occitane, 380 millions d'euros de budget pour gérer l'eau, les déchets, les transports ou encore l'urbanisme de 37 communes. Mais les jeux ne sont pas faits : en position de force, l'édile réélu a tout de même besoin de dix voix pour faire pencher la balance. Afin de convaincre ses homologues, il joue la carte du bon voisinage: "Ça fait six ans qu'on travaille ensemble. On peut avoir un contrat de gestion qui ne doit rien aux partis politiques". Loin de Paris, le vice-président du parti à la flamme se pose avant tout en baron local.
Quand on rentre dans le conseil d'agglomération, l'étiquette, on la laisse au vestiaire
Certains suivent son exemple, comme le nouveau maire d'Agde, Aurélien Lopez-Ligori, qui montre patte blanche dans les médias héraultais. "Quand on rentre dans le conseil d'agglomération, l'étiquette, on la laisse au vestiaire", clame le jeune impétrant, qui ne se cache pas de faire le tour des élus de son agglo avant l'élection prévue le 7 avril. En promettant au passage de revoir la gouvernance de l'institution, et de redistribuer quelques postes de vice-présidents au profit des plus petites communes car, dit-il, "les villes-centres ont pris trop de place".
Plafond en agglo
D'autres utilisent l'argument inverse, comme à Castres où Florian Azéma "verrai(t) d'un mauvais œil que la ville-centre soit marginalisée" et estime que "la présidence de l'agglo devrait (lui) revenir", en dépit d'un rapport de forces nettement défavorable en amont du vote prévu le 20 avril.
Rien n'est dû, encore moins acquis, comme l'a amèrement constaté Hervé de Lépinau à Carpentras. Mis en minorité mardi par les élus des villages alentours, le nouveau maire de la sous-préfecture du Vaucluse a dénoncé des "copinages et arrangements politiciens", menaçant même de quitter la communauté de communes - plus facile à dire qu'à faire.
Le même sort attend sans doute Christophe Barthès à Carcassonne, où la majorité intercommunale devrait rester à gauche, et le RN exclu des postes à responsabilités malgré sa victoire dans la cité aux remparts. Preuve que le plafond de verre existe aussi en agglo.
C'est d'ailleurs ce qui s'est produit jeudi dans le Pas-de-Calais, autour d'Hénin-Beaumont où le parti de Marine Le Pen a pourtant renforcé ses positions : aucune vice-présidence pour le RN.
En fin de compte, la meilleure chance de succès pour l'extrême droite pourrait à nouveau venir de l'allié Éric Ciotti, en passe de décrocher la métropole de Nice le 10 avril avec l'apport d'une partie de la droite locale. Sûr de son fait, le nouveau maire de la cinquième ville de France se met déjà en scène sur ses réseaux sociaux.
La méthode inspire sa voisine Alexandra Masson, qui tente de grapiller des voix pour s'adjuger le 8 avril l'agglo de Menton. Mais le plus sûr consiste à bétonner un pacte de gouvernance, à l'instar de David Rachline à Fréjus, qui devrait reconduire vendredi son accord avec l'élu LR de Saint-Raphaël, Frédéric Masquelier.
Avec AFP