"Nous sommes la France!": plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées samedi à Saint-Denis contre le racisme à l'appel du nouveau maire Insoumis Bally Bagayoko, qui se projette dorénavant vers une nouvelle journée de mobilisation le 3 mai, à Paris cette fois.
Victime d'une campagne de haine depuis son élection dès le premier tour le 15 mars, l'édile a dénoncé à la tribune "l'irresponsabilité d'un ensemble de médias racistes qui font prospérer le racisme" et appelé à un nouveau rassemblement le mois prochain.
"Prochain rendez-vous le 3 mai pour marcher à Paris contre le racisme", a confirmé sur X, après la manifestation, le député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel.
Environ 6.000 personnes se sont massées samedi devant la mairie dans une ambiance festive, sans incident à déplorer, selon une source policière.
"Résistance! Résistance!", a fait scander à plusieurs reprises Bally Bagayoko à la foule réunie, aux côtés de plusieurs syndicats et associations et de nombreuses personnalités politiques de gauche, dont les Insoumis Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot, Sophia Chikirou, Sébastien Delogu et le nouveau maire de Roubaix David Guiraud, ainsi qu'une délégation socialiste.
"Nous n'avons pas peur de l'extrême droite, la lutte contre le racisme est une lutte que nous allons gagner. Nous sommes la France! " a lancé Bally Bagayoko au terme de ce "rassemblement citoyen", conclu par une Marseillaise.
Cauchemar
"Le racisme, c'est un délit et on en fait une opinion", a déploré Karim, fonctionnaire de 52 ans vivant à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis).
Jean-Luc Mélenchon a dénoncé "une vague de racisme écœurant venant des élites politico-médiatiques qui, sans réserve, sans frein, ont étalé leur mépris à l'égard d'une partie de notre peuple".
Les 27 et 28 mars, sur Cnews, une chaîne du groupe Bolloré, des liens ont été faits entre M. Bagayoko et "la famille des grands singes" et une attitude de "mâle dominant" lui a notamment été reprochée.
Kantéba Camara-Sissoko, 55 ans, auxiliaire de puériculture, est venue elle aussi crier sa "révolte". En entendant les propos tenus à l'égard de M. Bagayoko, "je me suis dit +je suis en train de rêver, c'est un cauchemar+", confie cette nouvelle élue PCF à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), "réconfortée" par ce rassemblement.
Jeudi, le parquet de Paris a indiqué avoir ouvert une enquête pour "injure publique en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion", au lendemain du dépôt de plainte de l'élu contre la chaine du groupe Bolloré qui, de son côté, a dit contester "formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus".
Si certains élus socialistes étaient présents, comme le président du département de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel et bien que le député socialiste Jérôme Guedj ait apporté sur X son "plein soutien" au rassemblement, la méfiance reste de mise entre LFI et le PS.
Dans son intervention, le maire de La Courneuve Aly Diouara a ainsi estimé que le PS devait "se ressaisir ou dégager".
Pour Sara, élève avocate de 26 ans née à Saint-Denis, "il y a des gens au PS qui sont ici mais ils ont lancé la première pierre", a-t-elle taclé, en référence au maire sortant Mathieu Hanotin qui avait affirmé pendant la campagne que des narcotrafiquants appelaient à voter Bally Bagayoko.
Silence" de Macron
"Ce qui m'inquiète, c'est l'attitude de l'Etat français, à géométrie variable" selon les formes de racisme, juge Karim, qui "aurait bien voulu voir Aurore Bergé", ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, être présente à la manifestation.
Tout en remerciant Mme Bergé de lui avoir témoigné sa solidarité par téléphone, Bally Bagayoko, qui depuis plusieurs jours dénonce le "silence" d'Emmanuel Macron sur le sujet, a dit sur Franceinfo regretté son absence: "S'il y a bien une ministre qui aurait dû être là, c'est bien elle".
Reprenant les justifications de Mme Bergé, le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, a répondu au maire de Saint-Denis: "La place d'un ministre, ce n'est pas d'être dans une manifestation citoyenne", tout en ajoutant que "le combat est complètement partagé par le gouvernement et par l'Etat".
Samedi, à quelque 800 kilomètres de Saint-Denis, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), des tags demandant la "remigration" de M. Bagayoko, ainsi que des députés LFI Danièle Obono, Carlos Martens Bilongo et de l'eurodéputée LFI Rima Hassan, ont été découverts sur "plusieurs murs du centre-ville", a regretté la mairie qui a aussitôt porté plainte.