Au Creusot, ArcelorMittal Industeel franchit une étape industrielle majeure. Le sidérurgiste a inauguré le 23 avril une installation de coulée continue verticale. Cet investissement de 52 millions d’euros est soutenu à hauteur de 12 millions par l’État dans le cadre du plan France 2030. Pour ce site de près de 860 salariés, l’enjeu est clair : gagner en performance tout en accélérant la décarbonation.
Le projet, lancé début 2024, a mobilisé des moyens conséquents : un bâtiment de 45 mètres de haut, 1 000 tonnes d’acier, 3 000 m³ de béton et plus de 175 000 heures de travail. «Nous n’avons connu que cinq incidents, dont un seul avec arrêt de travail», souligne Gauthiern Platteau, chef de projet, saluant un chantier maîtrisé malgré son ampleur.
Une technologie rare en Europe
Au cœur du dispositif, une technologie rare en Europe. La coulée verticale continue permet de produire des brames minces à partir d’aciers spéciaux sans les déformer, contrairement aux procédés courbes plus répandus. Le métal en fusion, transporté dans des poches de 150 tonnes, est coulé à la verticale avant d’être solidifié puis découpé. Moins productive en volume, cette technique est en revanche adaptée aux alliages à forte valeur ajoutée, notamment utilisés dans le nucléaire ou dans la défense.
«Ces améliorations contribueront à décarboner significativement notre production et nous permettront de conquérir de nouveaux marchés», affirme Rudy Daubechies, directeur général d’Industeel. L’installation doit produire 15 000 tonnes dans un premier temps, avant d’atteindre 25 000 tonnes à terme, sous réserve de la demande.
Au-delà de la montée en gamme, l’investissement répond à une contrainte énergétique croissante. En supprimant une étape de laminage intermédiaire, le site vise une réduction de 10 % de ses émissions de dioxyde de carbone. Un objectif en phase avec la stratégie industrielle nationale. «L’industrie de l’acier continue de se moderniser et de se décarboner pour rester une filière clé de notre souveraineté», a rappelé le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin venu inaugurer le complexe.
Des marchés de niche à forte valeur ajoutée
Dans un marché mondial très concurrentiel, le Creusot mise sur des productions de niche. Sur les quelque 300 nuances d’aciers spéciaux existantes, le site en fabrique une centaine, avec des volumes volontairement limités mais à forte valeur ajoutée. «Nous sommes positionnés sur des aciers inoxydables de niche, ce qui explique une capacité plus faible que d’autres sites du groupe», précise Cédric Chauvy, directeur du site.
Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de repositionnement de la sidérurgie européenne. Face à la concurrence internationale et aux exigences environnementales, les industriels privilégient des segments spécialisés. «Le site se développe, investit pour ses clients tout en réduisant son empreinte carbone», souligne Alain Le Grix de la Salle, président d’ArcelorMittal France. Avec cette nouvelle installation, le site du Creusot confirme son rôle stratégique au sein du groupe ArcelorMittal, qui a réalisé plus de 61 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025.
Pour Aletheia Press, Arnaud Morel