C’est un investissement de 1,3 milliard d’euros pour «un projet qu’on ne voit qu’une fois dans sa vie», commente François Gleisner, chef de projet décarbonation pour le site de Dunkerque d’ArcelorMittal. Celui-ci consiste en effet à changer complètement le processus historique de fabrication d’acier plat. Encore aujourd’hui, celui-ci repose sur l’utilisation d’un haut-fourneau pour produire de la fonte à partir de minerai de fer et de charbon, laquelle servira ensuite à fabriquer l’acier. Cette première étape est fortement émettrice de CO2 puisqu’elle en émet 1,7 tonne par tonne d’acier produite.
D’ici 2029, c’est un four à arc électrique couplé à un four de métallurgie en poche qui vont remplacer l’un des hauts fourneaux du site. En permettant de fondre le minerai de fer et d’utiliser 60% d’acier recyclé (au lieu de 25% actuellement), ces équipements vont émettre 0,6 tonne de CO2 par tonne d’acier produite, soit trois fois moins qu’actuellement. «Nous allons produire deux millions de tonnes d’acier dans notre nouveau four sur les 5,5 millions de tonnes que le site produit chaque année. Nous allons donc faire cohabiter les deux façons de produire, d’un côté le nouveau four et de l’autre un seul haut fourneau, le HF 4, le plus puissant d’Europe pour garantir la continuité industrielle», détaille Bruno Ribo, directeur général d’ArcelorMittal France.
Un chantier colossal
Avant le début des travaux prévus pour être réalisés en 2027 et 2028, une consultation publique encadrée par la Commission nationale du débat public (CNDP) est en cours. Elle doit permettre d’expliquer le projet (raisons, calendrier, impacts…) aux habitants de l’agglomération. Une première réunion est organisée le 19 mai à l’hôtel communautaire à Dunkerque. Suivront des visites du site et des conférences débats sur différentes thématiques (environnement, emploi, formation…) mais aussi une exposition 3D sur le site de Dunkerque ouverte à tous du 20 mai au 27 juin.
Réalisé sur une usine en activité, le chantier sera «d’une ampleur colossale avec la complexité supplémentaire de ne pas arrêter la production», explique François Gleisner. L’industriel prévoit une première coulée avec les nouvelles installations en 2029 pour atteindre l’objectif de réduction de 27% des émissions de CO2 en 2030. Quand on sait qu’ArcelorMittal pesait à lui tout seul près de 14% des émissions industrielles de CO2 en France en 2024, on comprend combien cette baisse est cruciale et indispensable. L’aciériste, né en 2006 de l’OPA de l’indien Mittal Steel Company sur Arcelor, est le deuxième plus important producteur d’acier au monde avec près de 80 millions de tonnes annuelles. Le groupe emploie 154 000 salariés à travers le monde, dont près de 40% en Europe.