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Au Vietnam, les entreprises résistent aux droits de douane américains

Dans une usine du sud du Vietnam, par‑dessus le bruit des scies circulaires et le vrombissement régulier des ponceuses, des centaines d’ouvriers s’affairent à honorer des...

Une ouvrière de l’entreprise de mobilier Jonathan Charles le 4 novembre 2025 à Ho Chi Minh-Ville © Nhac NGUYEN
Une ouvrière de l’entreprise de mobilier Jonathan Charles le 4 novembre 2025 à Ho Chi Minh-Ville © Nhac NGUYEN

Dans une usine du sud du Vietnam, par‑dessus le bruit des scies circulaires et le vrombissement régulier des ponceuses, des centaines d’ouvriers s’affairent à honorer des commandes de mobilier haut de gamme.

Les meubles sont destinés à embellir des hôtels de luxe et des résidences au Moyen-Orient, en Europe et aux Etats-Unis. L’entreprise de mobilier Jonathan Charles, basée au Vietnam, n'a pas eu à s'inquiéter des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump.

Les commandes américaines, qui représentent plus de la moitié des activités de l'entreprise, sont restées stables en 2025, a soutenu son patron cette semaine, confirmant une précédente prévision selon laquelle ses opérations résisteraient aux droits de douane.

"Ma première réaction a été de paniquer", confie le patron Jonathan Sowter.

"Mais après y avoir réfléchi un moment, j’ai compris que c’était un terrain de jeu équitable. Tous mes concurrents sont en Asie", analyse-t-il.

Selon lui, "ajouter simplement 20% de droits de douane sur les produits vietnamiens ne signifie pas que l’Amérique peut produire moins cher que le Vietnam".

Hausse des exportations

Le Vietnam a résisté aux droits de douane américains mis en place l'année dernière, que beaucoup pensaient délétères pour son modèle de développement tourné vers les exportations.

Le pays a enregistré l’an dernier une hausse de 28% de ses exportations vers les États-Unis, tandis que son excédent commercial a gonflé à 134 milliards de dollars, selon des chiffres officiels publiés cette semaine.

Son économie a progressé de 8%, dépassant les attentes des analystes. Le pays devrait même devancer le reste de l’Asie, avance HSBC. 

"Le Vietnam a gagné encore plus de parts de marché pour certains produits, comme les chaussures, les textiles et l’électronique grand public", explique Yun Liu, économiste chargée de l'ASEAN chez HSBC.

Cependant, les producteurs d’entrée de gamme, notamment ceux dont les marges sont plus faibles, ont souffert. Certains annoncent des licenciements ou une réduction de leurs activités. 

Le groupe Thanh Cong, qui fournit de grandes marques de vêtements comme Adidas et Lacoste, a indiqué à l’AFP que ses expéditions vers les États-Unis avaient diminué l’an dernier, sans préciser dans quelle mesure.

Les entreprises exportant des produits de la mer et agricoles ont, elles, observé une légère croissance des exportations, selon les données officielles.

"Il y a eu une brève période d’hésitation lorsque Trump a annoncé le montant des droits de douane", se rappelle le directeur d'Eatu Cafe, Tran Dinh Trong, dont l'entreprise a vu ses commandes américaines augmenter.

Les commandes des Etats-Unis ont rapidement repris, décrit-il, précisant que "notre coopérative est optimiste et observe des signes positifs pour exporter vers les États-Unis".

Prévisions optimistes

En 2018, le Vietnam est apparu comme l’un des grands gagnants de la première guerre commerciale de Donald Trump, bénéficiant d’un afflux d’investissements de la part de fabricants chinois cherchant à éviter les droits de douane américains, alors tournés vers la Chine.

Mais la hausse de l’excédent commercial avec Washington a placé Hanoï dans la ligne de mire de M. Trump lorsqu'il est revenu à la Maison-Blanche en 2025.

Ses annonces en avril de droits de douane de 46% sur les importations vietnamiennes a choqué le pays, même s’ils ont ensuite été négociés à 20% pour la plupart des produits.

Le gouvernement américain a précisé que les produits transbordés de Chine via un pays tiers devront s'acquitter de taxes de 40%, même si les contours de cette règle n'ont pas été bien définis.

Selon Linh Nguyen, spécialiste du Vietnam au cabinet de conseil Control Risks, la hausse des exportations vietnamiennes vers les États-Unis reflète en partie l’augmentation des opérations d’assemblage en phase finale au Vietnam et la réexportation de produits fabriqués ailleurs.

"Les données indiquent d’où partent les expéditions, pas nécessairement où la valeur est ajoutée", soutient-elle.

Des acheteurs américains ont également probablement avancé leurs commandes en raison de l’incertitude, gonflant artificiellement les chiffres de 2025, ajoute-t-elle.

Même ainsi, Mme Liu de HSBC s’attend à ce que la demande d’électronique, entre autres produits - portée en partie par l’essor de l’intelligence artificielle - soutienne les exportations du Vietnam cette année.

HSBC prévoit que l’économie du pays va croître de près de 7% en 2026, tandis que Hanoï vise une croissance d’au moins 10%.

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