Lancé à pleine vitesse vers la campagne présidentielle, Jordan Bardella s'est de nouveau mis en difficulté sur un sujet sensible: après son virage sur les retraites, ses derniers propos sur l'affaire Lyhanna ravivent les doutes sur la fiabilité du possible candidat du Rassemblement national.
"Des marches blanches, il y en a tous les jours." D'une simple phrase, au bout d'une heure d'interview sur BFMTV dimanche soir, le numéro un du RN a relancé une polémique apparue une semaine plus tôt.
Précisément le 7 juin, quand il était photographié en tribune officielle au Grand Prix de Monaco, verre à la main au côté de sa compagne, la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, à l'heure même où s'élançait dans le Gers la marche en hommage à la fillette de 11 ans dont la mort bouleverse le pays depuis bientôt quinze jours.
"La famille avait demandé à ce qu'il n'y ait aucun responsable politique, donc je ne comprends pas bien ce que vous me reprochez", s'est d'abord défendu M. Bardella.
En l’occurrence, de "s'éclater avec la jet set (...) pendant que toute la France était en deuil", comme l'avait la première dénoncé l'écologiste Marine Tondelier. Ou encore d'être "plus loge VIP que bal populaire" et "plus champagne que Picon bière", selon les termes du communiste Fabien Roussel mardi matin sur SudRadio.
Accusation servie aussi sur les bancs macronistes par le député Charles Sitzenstuhl raillant "Jordan Bardella de Monaco" et son collègue Pierre Cazeneuve le qualifiant de "candidat des riches (qui) va boire du champagne à Monaco en regardant le Grand Prix".
Critiques balayées par le pilote vedette de l'écurie RN. Déjà, il buvait "un coca avec des glaçons". Ensuite, il n'a "publié aucune photo" et n'est "pas responsable des paparazzades" dont il est l'objet. Enfin et surtout, il "apprécie beaucoup la Formule 1" et il a "régulièrement l'occasion d'aller à des Grands prix. C'est d'ailleurs en accompagnant son père l'an dernier au même évènement sur le Rocher qu'il avait rencontré sa royale compagne.
Erreur de débutant
Visiblement agacé par la mise en cause, M. Bardella a même retourné la question aux journalistes qui l'interrogeaient: "Vous étiez où, vous, dimanche dernier?". Avant d'ajouter, ironique: "Ce soir je pensais peut-être aller au cinéma voir le film sur le Général de Gaulle, est-ce que vous êtes d'accord pour que j'y aille?"
Ses détracteurs ont évidemment vu dans la séquence un signe de fébrilité. A gauche, un chef de parti sort le drapeau rouge: "C'est de l'amateurisme total. Une erreur de débutant." Autrement plus grave que son manque d'inspiration sur un plateau télé en décembre, quand il ne trouvait rien de mieux, pour Nicolas Sarkozy comme Donald Trump, qu'un flagorneur +où trouve-t-il toute cette énergie?+.
Dans les rangs du parti à la flamme, un porte-parole assure - plus de 24 heures après - ne pas avoir visionné l'émission dominicale. Mais de toute façon, depuis que les photos circulent, "personne ne m'en a parlé sur le terrain", ajoute ce cadre, qui trouve que son chef et sa bienaimée "sont mignons tous les deux" et qu'après tout "ils n'étaient pas non plus à un concert de David Guetta".
Minimiser, voire nier, car au RN les dérapages n'existent pas. Pas plus que les trajectoires divergentes, pourtant exposées en public depuis que M. Bardella a indiqué "examiner" un possible relèvement de l'âge légal de départ en retraite, puis martelé que "l'âge légal ne veut rien dire".
Marine Le Pen et ses troupes s'échinent depuis à garantir que sa promesse de 2022 (revenir à 62, voire 60 ans, avec 40 à 42 années de cotisation) demeure d'actualité. Quand on lui demande, la triple candidate à l'Elysée, dans l'attente du verdict de son procès le 7 juillet, affirme même qu'elle "n'arrive pas à comprendre où vous voyez une contradiction" avec ce que dit son dauphin.
"Ils pensent la même chose, mais pas avec les mêmes mots", esquive le porte-parole précité. Quitte à laisser prospérer les spéculations sur la ligne du candidat de rechange, comme sur sa capacité à tenir la distance jusqu'à la ligne d'arrivée.