Boost 50+ : France Travail booste l'emploi des plus de 50 ans à Abbeville
Depuis la mi-octobre, douze demandeurs d’emplois de plus de 50 à 59 ans ont testé ce programme innovant mis en place par l'agence France Travail d’Abbeville visant à les soutenir dans leur retour à l’emploi. Tous ont quasiment trouvé une solution et certains ont signé des CDI.
Le chômage des plus de 50 ans est en enjeu crucial de notre société. Pour preuve sur le territoire de l'agence France Travail d’Abbeville, ils représentaient 28% des demandeurs d’emplois de catégorie A, soit près de 1 300 inscrits. À la fin du mois de septembre dernier, cela représentait une hausse de 4,2% sur le territoire alors qu’elle était de 1,2% à l’échelle de la région Hauts-de-France.
Adapté au territoire de l’agence
Par ailleurs, un demandeur d’emploi de plus de 50 ans est au chômage deux fois plus longtemps que les autres catégories. En 2050, un habitant sur trois du secteur de la Picardie Maritime aura plus de 65 ans et l’âge de départ à la retraite a été allongé. A contrario et paradoxalement, dans la région de nombreux secteurs sont en tension comme les services à la personne, la restauration, l’agroalimentaire… La maroquinerie de luxe et l’automobile recrutent aussi.
Dans ce cadre, l’agence vient de tester un programme innovant baptisé Boost 50+. Le programme s’adressait à ces demandeurs d'emploi qu'ils soient primo-inscrits ou déjà accompagnés. Les participants devaient être motivés pour suivre le dispositif et ne pas avoir de freins périphériques bloquants :
«On nous a proposés cette action conduite par 17 agences France Travail à l’échelle nationale car nous avons accompagnons 50 demandeurs d’emplois de plus de 50 ans dans un programme dit «intensif» pour un retour rapide et durable vers l’activité. 12 l’ont intégrée. Six femmes et six hommes âgés de 50 à 59 ans. Nous leur avons demandé s’ils voulaient intégrer l’action car elle demande une forte disponibilité et une forte implication. Nous l’avons adaptée à notre territoire à ses besoins de recrutement, comme avec la construction de l’EPR de Penly, et à son développement économique», expliquent Nathalie Segers, responsable d’équipe à l‘agence France Travail d’Abbeville à accompagner la mise en place de cette action (NDRL : elle a participé au rendez-vous en distanciel), et Fabien Kapela, directeur de l’agence France Travail d’Abbeville.
Accélérer la reprise d'emploi
Le Boost 50+ a été lancé mi octobre et vient de s’achever. Son principal objectif était d'accélérer la reprise d'emploi des participants en leur offrant un accompagnement intensif et personnalisé. Il visait à aboutir à diverses solutions telles que : contrats de travail, reprises ou créations d’entreprises, activités en freelance ou formations.
Le parcours comprenait deux sessions hebdomadaires de trois heures chacune. Il combinait : séquences collectives, entretiens individuels et préparations personnelles. Un socle commun était proposé à tous les participants, complété par des prestations modulaires pour une personnalisation accrue. Le programme est animé par une conseillère placement, Peggy Hazard, qui coordonnait les activités et assure le suivi individuel. Les activités incluaient des temps autour de la connaissance de soi et des compétences professionnelles.
Devant ce problème de chômage des plus de 50 ans, les équipes font face à un double problème. D’un côté, les parcours professionnels des demandeurs d’emplois attestent des compétences, de la vraie valeur ajoutée : «Certains n’ont jamais été sans travail ou il y a très longtemps, ils ne savent pas mettre des mots dessus, se désolent-ils. C’est pour cela notamment qu’il était pertinent qu’ils apprennent à se présenter à travers un pitch. Dans leur imaginaire, un employeur va priorisé des candidats jeunes… On leur a appris à répondre à toutes ces objections, à souligner par exemple que leurs compétences peuvent être transmises aux plus jeunes».
Démonter les préjugés des employeurs
Dans un souci de casser les préjugés sur les demandeurs de plus de 50 ans, l’équipe entreprise a collaboré également pour mobiliser les entreprises locales, créant ainsi un réseau d’entreprise pour accueillir les participants pour des immersions, échanges, job datings : «Ce programme visait non seulement à faciliter leur retour à l'emploi mais aussi à valoriser leurs compétences sur le marché du travail», ajoutent nos interlocuteurs.
Ainsi une table ronde a été menée dans les locaux de l’agence entre des sociétés de différents secteurs d’activités : immobilier, menuiserie, sécurité… et les candidats pour prouver notamment que les expériences des personnes sont des atouts, que leurs compétences peuvent être adaptées et transférables, qu’elles ne sont pas trop gourmandes en salaires et peuvent se former sur les nouvelles technologies.

Près de 40 entreprises ont aussi participé à une conférence à Garopôle à Abbeville sur ce ce même sujet en partenariat avec la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS) en partant du diagnostic et de la problématique locale : «Nous avons organisé un job dating, poursuivent-ils. Des employeurs sont allés à leur rencontre. Leur retour a été unanime ! Ils ont beaucoup apprécié l’exercice et souligné à quel point les candidats étaient investis et avaient envie». Tous sont repartis avec un livret dans lequel figurait les photos et portraits des 12 candidats de la première promotion du Boost 50+
Les résultats sont là
Ils ont débouchés sur trois CDI, un CDD, un contrat en intérim, un projet de création d’entreprise, un projet de reconversion, deux entretiens positifs menés dans la semaine du 19 janvier et deux autres à venir cette semaine. Un dernier candidat recherche un poste dans le secteur du tourisme. Il devrait trouver une solution le 9 février matin prochain. 200 offres d’emploi seront à pourvoir durant le forum hôtellerie-restauration qui se déroulera à Saint-Valéry-sur-Somme dans le cadre de la semaine du tourisme «C’est vraiment hyper-positif, soulignent Nathalie Segers et Fabien Kapela. Au départ, on n’imaginait pas avoir autant de bons résultats. Les candidats bénéficient d’un suivi post-parcours pour maintenir leur engagement».
En plus de leur offrir un nouveau départ, le Boost 50+ est aussi une aventure humaine entre des personnes qui se sont retrouvées sans emploi, ont été fragilisées par la situation et ont vécu une remise en question certaine. Le dispositif leur a permis de créer une émulation, une entraide entre eux et de changer l’image qu’ils avaient de France Travail : «Cadres ouvriers, techniciens… la dynamique collective a pris tout de suite, se félicitent-ils. Ils ont créé un groupe WhatsApp. Ils se sont surnommés les 12 talents».