Les Tablettes Lorraines : Bpifrance a lancé son activité de conseil dès 2015, quels étaient les enjeux de cette nouvelle offre?
Christian Theriot : Chaque dirigeant n’est pas seulement l’animateur de ses équipes ou de la partie commerciale, mais il est souvent seul avec lui-même pour prendre toutes les décisions concernant l’international, l’exploitation de l’IA, ses datas… Et souvent, pris par son activité au quotidien, le nez dans le guidon, il ne relève pas suffisamment la tête. Bpifrance a donc décidé de créer une nouvelle activité autour du conseil, en proposant une prestation de très grande qualité au meilleur prix. L’idée est de faire grandir et de rendre solides les entreprises afin de les aider à se développer en leur faisant profiter d’experts triés au niveau national.
Émilien Bournon : Notre vivier de consultants très expérimentés s’appuie sur 700 spécialistes, présentant tous des profils seniors. Nous proposons sur un même domaine, par exemple l’IA, deux experts ; le dirigeant choisit. Pour que la démarche soit vraiment opérationnelle et efficace, il faut un bon feeling entre le consultant et le chef d’entreprise puisque nous parlons d’une mission sur un temps long, de dix à treize journées, avec un accès illimité à des données sensibles. La confiance est indispensable pour ces conseils sur mesure. En 2026, une trentaine d’entreprises ont déjà été accompagnées par la direction régionale Lorraine, dans le cadre de ces prestations sur mesure. Près de quatre-vingts dirigeants en bénéficient sur le Grand Est. Tous les profils peuvent adhérer à ce genre d’actions. Cela nous permet aussi de sensibiliser les entreprises sur toute la partie stratégique : climat, transition énergétique, décarbonation, digitalisation, IA ou numérique… Nous sommes capables d’aborder toutes ces problématiques.
Au-delà de ces conseils individualisés, Bpifrance a également misé sur la création des accélérateurs généralistes ou thématiques. Quelle en est la plus-value ?
Christian Theriot : Nous rencontrions des chefs d’entreprise qui se plaignaient de la solitude du dirigeant, du fait qu’ils n’avaient pas le temps de regarder les enjeux de demain. Ce sont ces dialogues très forts que nous entendions, y compris quand ils avaient des besoins internes, de structuration. Seul, il est difficile de cibler les forces et faiblesses de son entreprise. Nous les aidons à prendre les bonnes décisions pour l’avenir. Les accélérateurs jouent ce rôle aussi pour améliorer la résilience des entreprises. Concrètement, nous proposons une partie de conseil avec seize journées dont un diagnostic à 360° pour faire du sur-mesure. Ensuite, nous proposons cinq journées de formation collective pour les promotions de dirigeants qui retournent à l’école. La dernière étape passe par une mise en réseau. En dix ans, six-cents entreprises ont été accélérées et ont bénéficié de cet accompagnement unique et fédérateur.
Émilien Bournon : Le diagnostic à 360° se fait à la suite des trois premiers jours de conseil. C’est le dirigeant qui a l’initiative, c’est lui qui choisit de mettre un coup de boost sur telle thématique et, après, il peut ajuster. Il garde la main.
Vous inaugurez le 6 octobre prochain l’Accélérateur Croissance Meuse. Quelles sont ses particularités ?
Christian Theriot : Cette aventure est née d’une rencontre, il y a tout juste un an, avec les responsables du GIP Objectif Meuse avec qui nous partageons le même ADN, à savoir le développement de la richesse des entreprises d’un territoire. C’est la première fois que Bpifrance mise sur un accélérateur à l’échelle départementale, dans une zone rurale. Ensemble, nous avons identifié et choisi quinze entreprises qui ont accepté de constituer cette première promotion. Ce n’est pas toujours simple car les dirigeants manquent de temps. Ils doivent s’engager sur un an avec vingt-et-une journées dédiées à leur stratégie. Tous ont été sélectionnés pour leur envie de faire croître leur entreprise et leur disponibilité d’esprit.
Émilien Bournon : Nous sommes parvenus à mobiliser une grande diversité de PME, issues de différents secteurs : industrie, agroalimentaire ou encore travaux publics. Je pense que notre réussite vient du panel d’entreprises qui constituera une vraie richesse pour l’accélérateur parce qu’effectivement les problématiques seront toutes abordées sous un angle et un spectre d’activités qui seront différents.
Dans un contexte national et international incertain, le lancement de ce nouvel accélérateur prend-il une dimension particulière ?
Christian Theriot : Dans le contexte actuel, il y a deux solutions. La politique de l’autruche : ne rien faire et subir. Ou une autre voie qui consiste à lever la tête, regarder les enjeux et trouver plusieurs pistes de développement. Le but de l’accélérateur, c’est d’amener les entreprises à voir les sujets qui arrivent, à se préparer pour demain et à être résilientes. C’est le meilleur moment pour se poser les bonnes questions. Nous remercions les entreprises qui ont accepté de vivre cette aventure. Moi, j’attends beaucoup de l’effet réseau de ces quinze Meusiens qui s’engagent ensemble. Ils bénéficient également d’une sacrée chance avec un taux de sponsoring jamais égalé. Le programme s’appuie sur du conseil (16 jours), de la formation (cinq journées) et une mise en réseau, est-ce la recette pour pouvoir développer son activité ?
Christian Theriot : Le succès passe par ces trois étapes. L’enjeu est que les chefs d’entreprise partagent leurs bonnes idées et qu’ils s’appuient sur les uns et les autres. Il est difficile d’évaluer les retombées de la participation à un accélérateur mais, généralement, le chiffre d’affaires et les ETP progressent. Les dirigeants découvrent de nouvelles richesses, des axes de développement. D’ailleurs, 95% des participants sont satisfaits et certains se réengagent dans l’opération suivante. C’est le cas de Didier Trolio, le patron de CTA, qui avait déjà participé à un premier accélérateur au niveau régional.
Après avoir adhéré à un accélérateur, une autre étape est-elle proposée aux dirigeants ?
Christian Theriot : C’est tout à fait possible. Une fois l’accompagnement de l’accélérateur terminé, ils peuvent demander des missions complémentaires, parce qu’il y a tout un catalogue de missions qui peuvent concerner les RH, le commercial et l’international. Ces missions, plus ou moins longues, peuvent se greffer après pour justement accompagner le changement. Exergue:
C’est le meilleur moment de se poser les bonnes questions
Le programme de l'Accélérateur
21 jours sur douze mois pour croître Trois étapes sont prévues pour les quinze Meusiens engagés à partir du 6 octobre.
1. Conseil
➜ Diagnostic à 360° : audit complet piloté par un responsable conseil Bpifrance pour cartographier les forces et les faiblesses, mais aussi les priorités pendant trois jours d’intervention.
➜ Accompagnement sur mesure et en immersion par des consultants sélectionnés au cours de treize jours d’intervention.
2. Formation collective : Session synchronisée autour de la gouvernance stratégique, la performance commerciale, le financement ou encore la gestion RH. Cinq journées de formation seront prodiguées aux dirigeants qui retourneront sur le banc de l’école, à l’ICN Business School de Nancy.
3. Mise en réseau Partage d’expériences et entraide directe entre pairs, sans quitter son territoire.