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Cœur de Meuse  : un outil d’aménagement au cœur des champs

Profitant du succès de fréquentation de la gare Meuse TGV, le Département de la Meuse s’associe à la CCI Meuse Haute-Marne, la Communauté de communes de l’Aire à l’Argonne et la Région Grand Est pour impulser une dynamique en créant la société d’économie mixte (SEM) Cœur de Meuse dédiée à l’e-santé. Un pari sur l’avenir avec une volonté affichée de développer la télémédecine mais également d’attirer à plus long terme des chercheurs et des entrepreneurs.

© Benjamin Prost- Faire de Meuse TGV «le cœur battant de l’innovation en santé, un véritable hub de l’e-santé où les technologies, les acteurs publics, les entreprises et les start-up conçoivent les solutions de demain».
© Benjamin Prost- Faire de Meuse TGV «le cœur battant de l’innovation en santé, un véritable hub de l’e-santé où les technologies, les acteurs publics, les entreprises et les start-up conçoivent les solutions de demain».

Une gare au milieu des champs, installée à mi-chemin entre Bar-le-Duc et Verdun, à Issoncourt.
Qui pouvait croire en son succès ? Personne hormis quelques Meusiens. Inaugurée en 2007, en grande pompe, la gare Meuse TGV est devenue au fil du temps et sans faire de bruit un équipement qui compte. S’il y a quasiment deux décennies 90 000 voyageurs y faisaient étape, force est de constater que, selon le dernier décompte, ils étaient plus de 300 000 passagers dont 80% de Meusiens à faire le déplacement pour y attraper leur train à grande vitesse. Face à la montée progressive du nombre d’usagers, la CCI Meuse (à l’époque) a été la première à investir dans un bâtiment inauguré en 2018 avec la volonté de disposer d’une offre immobilière à vocation économique. C’est d’ailleurs sur ce site que Meuse Attractivité a posé ses valises et que les consulaires y organisent certaines manifestations et réunions. Nombreux s’interrogent toutefois sur le bienfondé de cet investissement voire raillent ce site implanté au milieu de nulle part. Depuis trois ans, un groupe de travail porté par le Département et la chambre consulaire menait une réflexion en sous-marin. Des graines qui ont fini par sortir de terre avec la volonté de transformer les contraintes de la ruralité en atouts. La question était donc de savoir comment mettre à profit la fréquentation de la gare Meuse TGV, alors que le président de la Région y voit «un pôle stratégique qui relie le Grand Est à Paris et à Strasbourg en moins d’une heure».

Pôle innovant en devenir

Un début de réponse a été officialisé fin novembre avec la signature de la naissance de la société d’économie mixte (SEM) Cœur de Meuse en présence de Franck Leroy, le président de la Région Grand Est, Jérôme Dumont, le président du Département de la Meuse, Martine Aubry, présidente de la Communauté de communes de l’Aire à l’Argonne, et Richard Papazoglou, le président de la CCI Meuse Haute-Marne. «L’enjeu est de faire de la santé hybride un nouveau modèle, en ne perdant pas de vue la qualité et la coordination des soins. Nous sommes à la veille d’une grande aventure collective», s’enthousiasme Julien Didry, le vice-président du conseil départemental en charge des projets innovants. Depuis cinq ans, le Département s’est engagé au côté de la Meurthe-et-Moselle et de la Haute-Marne dans le projet e-Meuse Santé pour lutter contre les difficultés d’accès aux soins. Le lancement officiel de la SEM Cœur de Meuse représente une nouvelle étape autour du volet télémédecine, sans omettre la coordination des soins ou encore les cabinets spécialisés. Si certaines voix s’élèvent déjà pour critiquer ce choix, mettant en avant le problème central de mobilité en Meuse, Julien Didry a choisi de déminer le débat  : «Soyons clair, nous n’allons pas créer une maison de santé sur le site d’Issoncourt, mais bien une nouvelle offre médicale en développant la télémédecine». Et pour cause, lors du lancement de la SEM dédiée à l’e-santé, les élus en ont profité pour inaugurer le cabinet de télémédecine Docteur Kern, au cœur du bâtiment de la CCI. Ce nouveau pôle de santé innovant est amené à se renforcer. Les prochaines arrivées pourraient d’ailleurs être des spécialistes, en l’occurrence des ophtalmologistes ou dermatologues en lien avec le développement d’outils liés à l’intelligence artificielle. Encore faut-il trouver des financements pour se doter d’équipements spécifiques de type scanner. En tout état de cause, des contacts sérieux et avancés pourraient faire rapidement aboutir ce dossier.

© Benjamin Prost- 300 000 passagers dont 80% de Meusiens ont fait le déplacement pour y attraper leur train à grande vitesse en 2025

Une logique partenariale

Pour Richard Papazoglou, le président de la CCI Meuse Haute-Marne, ce projet renforce son «rôle d’aménageur et d’investisseur actif, en développant le foncier et l’immobilier d’entreprises au service du territoire», alors même que Jérôme Dumont, le patron de l’exécutif meusien affiche son ambition de faire de Meuse TGV «le cœur battant de l’innovation en santé, un véritable hub de l’e-santé où les technologies, les acteurs publics, les entreprises et les start-up conçoivent les solutions de demain». Le département dispose ainsi de sept hectares pour accueillir des activités innovantes. La ruralité ne serait donc pas une fatalité, mais bien un atout pour développer des projets innovants, c’est ce qui réunit les signataires de la SEM. Tous les acteurs économiques et les élus meusiens espèrent également être prêts et anticipent l’arrivée possible de nouveaux acteurs ferroviaires comme la société Kevin Speed qui pourrait engendrer une quinzaine d’arrêts supplémentaires quotidiens. C’est pour répondre aux besoins des habitants de ce territoire rural mais aussi aux opportunités économiques que le Département de la Meuse a choisi de se saisir de la question de la santé, qui ne fait pourtant pas partie de ses compétences, s’inscrivant dans une logique partenariale avec la région qui vient de lancer son GIP Santé. La stratégie d’accès aux soins de la Meuse s’inscrit dans de possibles évolutions législatives voulues par Sébastien Lecornu qui ne cesse d’évoquer la possibilité pour les Départements de jouer demain un rôle pivot.