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Cannes: Quentin Dupieux, l'ovni hyperactif

A Cannes, deux films portent cette année à leur générique une même mention, devenue marque de fabrique d'un cinéma de l'absurde, expérimental et empreint d'humour noir...
Le réalisateur français Quentin Dupieux lors de la cérémonie d'ouverture de la 77e édition du Festival de Cannes, le 14 mai 2024 © LOIC VENANCE

Le réalisateur français Quentin Dupieux lors de la cérémonie d'ouverture de la 77e édition du Festival de Cannes, le 14 mai 2024 © LOIC VENANCE

A Cannes, deux films portent cette année à leur générique une même mention, devenue marque de fabrique d'un cinéma de l'absurde, expérimental et empreint d'humour noir: "Ecrit et réalisé par Quentin Dupieux".

Avec ce rarissime coup double cannois, le cinéaste, scénariste, monteur et musicien français de 52 ans confirme son hyperactivité autant que sa capacité à attirer les stars: les Français Jonathan Cohen et Alain Chabat, dans "Le Vertige", qui clôturera la Quinzaine des cinéastes ; les Américains Woody Harrelson et Kristen Stewart dans "Full Phil", projeté samedi soir hors compétition.

"C'est un véritable auteur, qui sait écrire des scénarios ultra-précis avec des dialogues savoureux qui ont l'air d'être comme dans la vie mais qui en fait ne le sont pas du tout", observe pour l'AFP la comédienne Anaïs Demoustier, à l'affiche de "Le Vertige" après avoir déjà tourné dans plusieurs de ses films. 

Depuis ses débuts sur grand écran en 2010 avec "Rubber" sur un pneu serial killer dans le désert californien, les grands noms du cinéma français et les stars de l'humour se pressent devant sa caméra.

Les noms défilent - Jean Dujardin, Léa Seydoux, Benoît Magimel, Adèle Exarchopoulos, Eric et Ramzy, le duo du Palmashow Grégoire Ludig et David Marsais - mais la singularité demeure.

"Avec Quentin, j'ai l'impression d'être avec un peintre, un artiste qui peut tout faire tout seul, écrire, composer sa musique, faire sa lumière... C'est très, très rare", explique à l'AFP Hugo Sélignac, qui a produit huit de ses films à la tête de la société Chi-Fou-Mi.

Singularité

Après un portrait impressionniste de Salvador Dali ("Daaaaaalí!" en 2023), la cave de jouvence d'"Incroyable mais vrai" (2022) ou le troublant coup de théâtre de "Yannick" (2023), son plus grand succès en salles, Quentin Dupieux continue à Cannes de creuser le sillon de films impossibles à résumer et très ramassés (à peine plus d'une heure).

Projeté en Séances de minuit, "Full Phil", sorte d'anti-"Emily in Paris", montre un père et sa fille en pleine crise dans une ville assiégée par les gilets jaunes, tandis que "Le Vertige", tourné en motion capture vintage façon "Grand Theft Auto", triture l'idée "matrixienne" d'une réalité créée par des machines.

"Dupieux, on aime ou on n'aime pas mais c'est un grand cinéaste avec un style et une singularité immédiatement reconnaissables", estime auprès de l'AFP Julien Rejl, délégué général de la Quinzaine des cinéastes, bluffé par l'inventivité d'un cinéaste qui sort quasiment un film par an.

"Il est capable de tourner vite, d'avoir toujours de l'inventivité et d’alterner grosses productions et films à plus petit budget", souligne-t-il.

De fait, son hyperactivité fascine autant qu'elle déroute.

Lui-même l'avait évoquée au festival de Cannes en 2024 où il présentait "Le Deuxième acte", avec Vincent Lindon et Louis Garrel. 

Dans une note alors envoyée aux journalistes, il avait fait voeu de silence médiatique en expliquant que "la cadence des sorties s'est considérablement accélérée pour (lui)" et qu'il avait "accumulé un temps de parole dans les médias probablement supérieur à la durée de (ses) 12 films réunis".

Auprès de l'AFP, Hugo Sélignac dit ne pas comprendre qu'on puisse voir d'un mauvais oeil une telle hyperactivité. "On ne va jamais reprocher à un musicien de produire trop de musique", observe-t-il, d'autant qu'avec Dupieux, "rien ne se ressemble, tout est un jet artistique".

Anaïs Demoustier y voit, elle aussi, la marque d'un défricheur.

"C'est quelqu'un qui cherche, qui essaye des choses à chaque film", dit-elle. "Il y a des gens qui lui reprochent de faire trop de films mais moi je trouve ça très bien parce qu'il a un rapport décomplexé à la création. ll ne s'endort pas et c'est très savoureux".