Des "problématiques logistiques" ont entraîné des ruptures temporaires dans une station-service sur cinq en France après le long week-end de Pâques et le gouvernement, qui écarte l'hypothèse de pénuries plus larges, prévoit de nouvelles aides face à la grogne dans plusieurs secteurs.
De son côté, le géant des hydrocarbures TotalEnergies a prolongé son plafonnement du prix des carburants jusqu'à fin avril, en relevant toutefois le prix du gazole.
La porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon a annoncé mardi sur RMC/BFMTV qu'environ 18% des stations-service du pays étaient en rupture temporaire d'au moins un carburant après le week-end de Pâques, pour des "problématiques logistiques, de transport".
Samedi, ce chiffre de stations en rupture partielle ou totale n'était que de 12%, selon les derniers chiffres issus du recensement de Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC).
La part des stations en rupture totale ou partielle a nettement progressé: de 4% il y a deux semaines, elle était de 17% en fin de semaine, selon les calculs de l'AFP à partir des données publiques du gouvernement.
Quelques semaines de visibilité
Plus des trois quarts des stations en rupture totale ou partielle mardi matin portaient l'enseigne du géant des hydrocarbures TotalEnergies, qui plafonne ses prix depuis plusieurs semaines, entraînant un afflux de clients pouvant entraîner des ruptures, selon les calculs de l'AFP.
TotalEnergies a annoncé mardi prolonger son plafonnement en avril à 1,99 euro le litre pour l'essence, tout en remontant le plafond du litre de gazole à 2,25 euros.
À Bordeaux, une station TotalEnergies ne sert plus que du bioéthanol (E85), et celle de la commune voisine de Talence est même fermée, ses pompes étant à sec.
"Les stations seront pour la plupart réapprovisionnées dès aujourd'hui", a rassuré Olivier Gantois, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip) sur RTL.
A ce stade, il ne voit pas de pénurie se dessiner, assurant avoir "quelques semaines de visibilité".
L'essence SP95-E10 a pris 30 centimes par litre depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février et valait environ 2,018 euros le litre en moyenne mardi selon les calculs de l'AFP. Le gazole, carburant le plus utilisé par les Français, a pris 60 centimes par litre et valait 2,337 euros en moyenne.
Cette envolée se fait ressentir sur le portefeuille de nombre de Français. Margot, autoentrepreneuse de 21 ans qui a "20 à 25 minutes de route par jour" dans la région bordelaise, a dit à l'AFP avoir dû "arrêter de travailler" plusieurs jours la semaine dernière, faute d'avoir "les moyens de payer l'essence".
Protestations
Christelle, qui parcourt 100 km par jour pour enseigner dans le bassin d'Arcachon, pense "battre tous les records" pour son budget essence, qu'elle évalue "à 120 euros d'essence par mois" habituellement.
Mardi matin, des blocages à l'initiative d'entreprises de travaux publics et du paysage avaient lieu sur le périphérique nantais pour protester contre les prix du gazole non routier (GNR) et du gazole, selon la Chambre nationale des artisans des travaux publics et du paysage (CNATP).
En Corse, les six principaux ports de l'île sont bloqués depuis mardi matin par des pêcheurs qui demandent la fin de la "spirale mortifère" de l'augmentation du prix des carburants, déjà plus chers sur l'île que sur le continent.
Face à la grogne, le gouvernement a dit mardi prévoir un nouveau dispositif d'aides pour certaines professions les plus touchées, comme les "aides-soignantes", les "aides à domicile" et "certains agriculteurs", selon Maud Bregeon.
La ministre a repoussé toute "aide universelle" et a rejeté un blocage des prix alors que la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, a demandé lundi un "prix maximum à la pompe de 1,70 euro".
"Une telle mesure reviendrait à organiser la pénurie", a indiqué le ministère de l'Economie.
Reçus à Bercy mardi soir, les syndicats en sont ressortis sans nouvelle annonce de la part du ministre de l'Economie Roland Lescure ni de calendrier pour de nouvelles aides ciblées.
Mais le ministère a toutefois déclaré travailler sur "l'émergence de nouveaux besoins, notamment pour les gros rouleurs" pour maintenir leur activité.
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