Centrale biogaz du Vermandois : dix ans d’énergie renouvelable
L’unité de production de biométhane du Vermandois, situé à Eppeville dans l'est de la Somme, exploitée par ENGIE Gaz Renouvelables, a fêté le 15 janvier 2026, une décennie de performance industrielle. Pionnier de la méthanisation en Picardie, ce site illustre la viabilité économique et écologique d’une production d’énergie décarbonée et ancrée localement.
Le paysage énergétique français connaît une mutation profonde, et l’unité du Vermandois en est l’un des précurseurs les plus aboutis. Depuis l’injection de ses premiers mètres cubes de gaz vert en décembre 2016, l’installation s’est transformée en un pilier de l’économie circulaire de la Somme, démontrant que la transition énergétique peut être un puissant levier de résilience locale. Pierre Chambon, directeur général d’ENGIE Gaz Renouvelables, résume ce succès par «la pertinence d’un modèle vertueux de méthanisation territoriale». En exploitant la proximité entre industries agro-alimentaires et zones agricoles, le site du Vermandois crée une synergie où chaque déchet devient une ressource.
Une performance industrielle et une croissance maîtrisée
En dix ans, la centrale a su prouver sa robustesse technique et sa capacité à évoluer. En 2022, un investissement stratégique dans l’extension du site a permis de porter sa capacité de production à 30 GWh de biométhane par an. Aujourd’hui, le site injecte jusqu'à 350 Nm3/h dans le réseau de distribution, couvrant près de 28% des besoins en gaz de la zone desservie autour de l’agglomération de Ham. La rentabilité et la pérennité du site reposent sur un écosystème partenarial complexe et solide. «La méthanisation n’est pas qu’une affaire d’énergie, c’est une logistique de territoire. L’unité s'appuie sur 26 exploitations agricoles partenaires, 20 clients industriels pour l'approvisionnement en matières, (Bonduelle, Innovafeed, St Louis Sucre... ) et un réseau de transporteurs et d'entreprises de travaux agricoles locaux», a souligné Alexis Debled, le directeur adjoint.

Chaque année, ce sont 38 000 tonnes de matières organiques qui sont valorisées. Ce flux permet de produire une énergie verte, mais génère également un coproduit précieux : le digestat. Distribué sur 6 000 hectares, cet engrais organique substitue les engrais de synthèse, dont les prix sont volatils et la production fortement carbonée. Pour les agriculteurs, comme Damien Van Esaker, l'avantage est double : une meilleure gestion des déchets et une réduction de la dépendance aux intrants chimiques importés.
Un impact territorial multidimensionnel
L’unité du Vermandois a réussi le pari de l’acceptabilité sociale par l’utilité publique. Lors d’une table ronde, Christophe Vassent, maire d'Eppeville, a rappelé les bénéfices directs pour la collectivité. «Au-delà de la disparition des craintes initiales liées aux nuisances (odeurs, sécurité), c’est aujourd’hui l’école communale qui est chauffée par cette énergie locale . Si c’était à refaire je redirais oui pour cette installation dans ma commune».
Alors que la France cherche à accélérer sa souveraineté énergétique, le bilan de cette décennie dans le Vermandois offre un retour d'expérience précieux. Le projet montre que l’industrialisation de la méthanisation, lorsqu’elle est menée de concert avec les acteurs locaux, permet de stabiliser les coûts énergétiques sur le long terme tout en fixant la valeur ajoutée au cœur des territoires. Une dynamique que le groupe ENGIE entend poursuivre, en accélérant le déploiement du gaz renouvelable pour accompagner durablement la décarbonation des territoires.

Les chiffres clés
Démarrage du chantier en février 2016 et premier m³ de biométhane injecté en décembre 2016
Mise en service de l’extension le 1er janvier 2022
Montant de l’investissement : 8 400 000 € + 2 000 000 € pour l'extension
Subventions Ademe : 950 000 €
Production : 30 GWh/an (consommation en gaz de 2 520 foyers)
Capacité : 350Nm3/injectés en continu dans le réseau de gaz
Surface totale : 2,5 hectares de terrain
Volume de digestion : 6 000 m3 pour un temps de séjour supérieur à 50 jours
Alimentation en substrats : 38 000 tonnes/an
Type de substrats : origine agro-industrielle et agricole
Valorisation agricole : 31 exploitations pour une surface d’épandage totale de 6 000 ha
Tonnes de CO2 évitées : 7 100 tonnes de CO2 par an