Interview
Catherine Hanssen, présidente de l’Ordre des experts-comptables Grand Est

«Certaines professions pensent encore ne pas être concernées par la facture électronique»

Plus d’une centaine de nouveaux professionnels du Chiffre dans le Grand Est ont prêté serment cette année et 538 experts-comptables stagiaires sont aujourd’hui comptabilisés dont 35% en première année, un quasi-record. Une attractivité certaine dans un contexte de mutation des métiers où des nouveaux profils s’imposent.

© Emmanuel Varrier. «Nous demeurons une profession libérale», assure Catherine Hanssen, présidente de l’Ordre des experts-comptables Grand Est.

© Emmanuel Varrier. «Nous demeurons une profession libérale», assure Catherine Hanssen, présidente de l’Ordre des experts-comptables Grand Est.

107 nouveaux experts-comptables viennent de prêter serment en début d’année dans la région et 538 experts-comptables stagiaires sont aujourd’hui présents. L’attractivité de votre profession semble actuellement s’affirmer, comment l’expliquez-vous ?

L’Ordre travaille depuis de nombreuses années auprès des jeunes et sur l’image de la profession. Les jeunes ont pris conscience que nos métiers ne se résument pas uniquement à de la saisie comptable et aux conseils aux entreprises. Le nerf de la guerre aujourd’hui repose notamment sur la gestion des données comptables et autres, et nos besoins en compétences sont larges. Nous avons besoin d’analystes de cette fameuse data, des professionnels de la tech ou encore de la cybersécurité. La transformation des entreprises, la complexité normative, les attentes de pilotage de nos clients entraînent notre profession à requérir aujourd’hui une population accrue de professionnels.

Le dispositif de facture électronique qui arrive à son terme en termes de déploiement y est pour beaucoup ?

Avec son déploiement, nous sommes montés d’un cran notamment en matière de besoins en compétences. Aujourd’hui, nous ne faisons quasiment plus de saisie comptable mais de l’analyse de données.

À partir du 1er septembre prochain toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir des factures électroniques, en septembre 2027 elles devront également les émettre. Toutes les entreprises en sont-elles conscientes ?

Comme bon nombre d’acteurs, avec en première ligne l’État, notre profession a mené un important travail d’acculturation, d’information, d’accompagnement sur le sujet. Notre Ordre vient de terminer une nouvelle série de douze réunions dans la région auprès de chefs d’entreprise mais également d’experts-comptables pour présenter le dispositif de la facture électronique. Il est fort de constater que certains professionnels pensent encore qu’ils ne sont pas concernés.

Lesquels ?

Certaines professions, comme les médecins libéraux ou encore certaines catégories d’entreprises sont exonérées de TVA mais elles entrent dans son champ. Elles sont donc concernées par le dispositif de facture électronique. L’expert-comptable est présent pour les accompagner. En matière de facture électronique, il est indispensable de faire du sur-mesure.

Dans cette évolution, voire mutation de votre profession autour de cette fameuse transformation digitale en lien avec la maîtrise et la gestion des données, le secteur de l’expertise comptable est sujet à un phénomène croissant de concentration et de financiarisation, n’existe-t-il pas un risque de voir apparaître, à termes, uniquement de gros cabinets ?

La financiarisation et la massification du secteur sont une réalité ! Je ne pense pas que nous allons arriver à avoir uniquement que des cabinets de grande taille. Sur les jeunes experts-comptables nouvellement inscrits, bon nombre ont décidé d’ailleurs de poser leur propre plaque en montant leur cabinet. Nous demeurons une profession libérale.