C'est une pépite parfois méconnue du territoire chaunois. Et pourtant, Châssis France développe un savoir-faire de plus en plus rare et précieux et se situe sur un marché de niche et noble, celui des Beaux-Arts. Lors de sa reprise en 2016 par Henri Decanter, l'entreprise qui existe depuis 70 ans n'était pas au mieux (voir encadré) mais sous son impulsion, elle a su redevenir une entreprise de référence auprès des professionnels du secteur.
Châssis France travaille en effet dans la restauration d’œuvres d'art qui lui sont confiées par des musées, des collectivités ou encore le centre de restauration du Louvre. Les employés de l'entreprise sont amenés à refaire des châssis sur mesure ou encore à retendre la toile. Des opérations qui demandent une minutie et une véritable expertise. «Nous sommes un petit peu le LVMH des Beaux-Arts, nous sommes avec cette activité sur du haut de gamme», image Henri Decanter, directeur général de cette société labelisée récemment Entreprise du Patrimoine vivant.
Un travail manuel de haute qualité
Un autre aspect du travail de Châssis France consiste à produire des châssis entoilés ou nus, destinés cette fois à alimenter les réseaux de vente et les distributeurs des Beaux-Arts. L'entreprise peut réaliser des châssis de série mais fait aussi du sur-mesure pour répondre à des demandes spécifiques. Elle travaille des toiles en lin et ici tout est encore fait de façon ancestrale : l'encollage et la pose des couches d'enduits sont réalisés à la main de même que le ponçage afin d'éliminer les défauts et les nœuds. «Entre les châssis et les toiles, nous proposons un choix énorme, nous faisons des châssis de différentes tailles, et nous sommes l'une des deux dernières entreprises françaises dans le domaine», précise Henri Decanter, directeur général. Le plus gros de l'activité toile est réalisé depuis 2023 dans le sud de la France à l'occasion du rachat de l'entreprise Artfix. Mais cette production va être amenée à revenir pleinement à Chauny à partir de l'été prochain.
Des recrutements à venir
En effet, Châssis France à l'étroit dans ses locaux de 2000 m² réalise actuellement une extension de 3000 m² de bâtiments nouveaux. Un atelier toile y sera de nouveau créé et la marque Robert Sennelier, basée dans l'Yonne et rachetée en décembre dernier par Châssis France, va elle aussi être rapatriée à Chauny. «C'est une marque mondialement reconnue dans son domaine, celui de la peinture et de la fabrication de mobilier des Beaux-Arts et matériels d'ateliers comme des chevalets, des socles de statues, des tables d'artistes», précise Henri Decanter. Une activité complémentaire et en lien avec le métier de Châssis France qui va permettre de créer un véritable pôle d'excellence des Beaux-Arts.
Avec cette extension, un investissement de 2,6 millions d'euros, aidé à hauteur de 200 000 euros par la communauté d'agglomération Chauny Tergnier La Fère, l'ensemble du site sera chauffé par les copeaux de bois récupérés des ateliers et servant à alimenter une chaufferie. Surtout, Châssis France qui réalise toutes activités confondues un chiffre d'affaires de 2,9 millions d'euros, entend bien profiter de cette extension pour aller conquérir de nouveaux marchés à l'international et répondre à la demande de grands distributeurs d'objets des Beaux-Arts. Cette extension doit s'accompagner du recrutement de quinze à vingt nouveaux employés notamment dans le domaine de la menuiserie ébénisterie. Le nouveau bâtiment devrait être opérationnel d'ici la fin du mois de juillet.
Une reconversion réussie
En 2016, Henri Decanter réalise un «vieux rêve», celui de reprendre une entreprise industrielle orientée dans la menuiserie, en rachetant Châssis France. Ce Lillois d'origine venait alors de quitter le monde du conseil et de l'ingénierie dans lequel il exerçait à Paris après avoir réalisé des études en école de commerce. «J'ai toujours eu une appétence pour le travail du bois, une chose que mes grands-pères m'ont transmis et j'avais déjà entendu parler de cette entreprise qui était à vendre depuis plusieurs années, raconte-t-il. J'ai trouvé que les produits qu'elle réalisait étaient hyper intéressants et nobles, il y avait un savoir-faire et forcément des marchés à aller chercher».
Il s'embarque donc dans l'aventure et rachète l'entreprise dans laquelle il ne restait alors que six salariés et n'hésite pas à donner des coups de main en menuiserie lors des débuts. D'une entreprise moribonde perdant de l'argent, l'entrepreneur en a fait une entreprise en croissance, ayant pu racheter deux entreprises des Beaux-Arts et s'apprêtant à ouvrir un nouveau chapitre dans de nouveaux locaux.