Les organismes de formation, du moins une certaine partie, sont-ils capables de (sur)vivre sans la manne que représente pour eux le Compte personnel de formation ? C’est l’une des grandes questions qui se pose depuis l’entrée en vigueur (le 26 février dernier) des nouvelles règles et conditions d’éligibilité de certaines formations avec son CPF auquel chaque actif peut prétendre.
Depuis son lancement, il y a maintenant un peu plus de dix ans, le CPF s’est traduit par près de dix millions de formations validées (source : ministère du Travail) représentant plusieurs milliards d’euros d’achat de formation.
Un marché certain, aujourd’hui soumis à de nouvelles règles. Le CPF, version 2026, plafonne la somme utilisable à 1 500 euros pour une formation relevant du fameux RS, répertoire spécifique, de 1 600 euros pour un bilan de compétences et de 900 euros pour le permis de conduire. Cela c’est pour le plafonnement !
Une logique purement comptable ?
Côté conditions d’éligibilité, la coupe est tout aussi drastique. Pour prendre le cas du permis de conduire, il n’est aujourd’hui éligible qu’aux demandeurs d’emploi ou aux salariés s’ils bénéficient d’un cofinancement.
Du côté du bilan de compétences, pour être financé par le CPF, il doit respecter la condition suivante : «Le titulaire ne doit pas avoir bénéficié d’un financement public ou privé pour un bilan de compétences réalisé au cours des cinq dernières années».
Canal de financement
L’accès aux formations devrait être plus difficile pour bon nombre de bénéficiaires (surtout ceux qui en ont le plus besoin et qui financièrement sont les moins bien lotis) car le reste à charge, après la mise en place il y a quelques années d’un ticket modérateur, va être mathématiquement beaucoup plus important, le ticket modérateur étant déjà passé de 103,2 euros à 150 euros.
«Le CPF a complètement changé de visage. Après une phase de régulation destinée à lutter contre la fraude et à instaurer un ticket modérateur, l’État a décidé de basculer cette année dans une logique purement comptable», explique une professionnelle de la formation aux entreprises.
«L’objectif est de dégager 250 millions d’euros d’économies en année pleine. Pour y parvenir, le gouvernement s’est attaqué aux segments qui portaient jusqu’ici la vitalité du système».
En 2024, près de 1,4 million de formations ont été financées par le CPF dont 22,3% pour le permis de conduire (voiture et moto), 9% pour les formations en langue, 6% pour celle à la création d’entreprises et 5,7% pour le bilan de compétences.
«Depuis plusieurs années, le CPF a profondément structuré le marché de la formation professionnelle en apportant du volume, de la fluidité commerciale et une solvabilisation massive de la demande», note un observateur du secteur.
Bon nombre d’organismes de formation se sont «spécialisés» dans le CPF et certains y ont vu un moyen de développement et de croissance véritable. Reste que le CPF est loin d’être un modèle économique, c’est juste un canal de financement…