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Conséquences du «choc pétrolier» : une possible tragédie en trois actes

L’enlisement de la guerre en Iran pèse lourdement sur les prix du pétrole et des carburants, laissant planer l’ombre d’une stagflation ou d’une récession.

 

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Après un mois de bombardements, l’incertitude est à son comble et fait perdre la boussole non seulement aux marchés, mais aussi aux politiques, qui multiplient les déclarations - parfois hasardeuses, à l’instar du ministre français de l’Économie, Roland Lescure, évoquant « un nouveau choc pétrolier », avant de se dédire dès le lendemain matin. Une chose est certaine, si les tensions sur le pétrole, et dans une moindre mesure sur le gaz, devaient perdurer au-delà de l’été, les conséquences économiques seraient très lourdes. C’est donc une pièce en trois actes qui est en train de s’écrire…

Acte 1 : hausse des coûts de production

Certes, l’intensité pétrolière, c’est-à-dire la quantité de pétrole consommée pour produire une unité de PIB, a considérablement chuté depuis le choc pétrolier de 1973, réduisant parallèlement l’intensité des dommages subis par l’économie lors de tensions sur le marché pétrolier. Néanmoins, ce serait oublier que de nombreuses industries, dont la chimie et la métallurgie, demeurent très dépendantes des hydrocarbures, malgré la recherche d’alternatives depuis le choc inflationniste de 2022/2023. Diversifier ses ressources énergétiques prend, hélas, du temps et se heurte à l’épineuse problématique de la transition écologique et énergétique, sujet sur lequel la Commission européenne ne cesse de changer de pied au gré des crises.

Nombreuses sont aussi les entreprises sévèrement touchées par la hausse des prix à la pompe depuis quelques semaines, en particulier dans le secteur du transport. Que l’on en juge : depuis le début de la guerre, le litre de diesel a grimpé de 30 %, la tonne de kérosène a bondi de 120 %, le fioul à très basse teneur en soufre (VLSFO) a doublé !

Acte 2 : inflation

Toute la question est alors de savoir si les entreprises peuvent absorber ces hausses de coûts de production dans leurs marges. Cela dépend tout à la fois de la concurrence sur les marchés internationaux pour les exportateurs, de l’état de la demande locale et tout simplement de leur santé financière. Mais, d’ores et déjà, certains secteurs ont annoncé des hausses de prix : augmentation des prix dans le transport aérien, renchérissement des coûts de transport de marchandises par voie routière et maritime, hausse des produits dérivés du pétrole… Et face à la grogne sociale dans ces secteurs, les gouvernements sont contraints d’agir, comme en France où 70 millions d’euros ont été débloqués, a priori « pour un mois » (sic) : aide de 20 centimes d’euros par litre de carburant pour les PME du transport routier et pour les pêcheurs, renoncement aux droits d’accise sur le gazole agricole…

Au fur et à mesure, les hausses initiales de prix des hydrocarbures finissent très souvent par percoler dans toute l’économie, menaçant aussi bien les bénéfices des entreprises que le pouvoir d’achat des ménages, dont les salaires ne sont que très rarement indexés sur l’inflation. D’où un risque de crise sociale, au moment où l’on sent déjà qu’une étincelle est capable de mettre le feu aux poudres. Au contraire, si une boucle salaire-inflation, même peu probable, était susceptible de se manifester, la Banque centrale n’hésiterait pas un instant à durcir de manière draconienne sa politique monétaire. Celle-ci pèserait alors négativement sur l’investissement, étranglerait les États en difficulté financière, et ce sans aucune garantie d’atteindre sa cible, dans la mesure où la cause profonde du problème demeure invariablement le coût élevé des hydrocarbures.

L’enjeu dans ce genre de situation est, avant tout, de stabiliser les anticipations inflationnistes, puisque si tous les agents économiques prévoient dans leurs calculs une inflation stable à moyen terme, alors les taux d’intérêt, les hausses de salaire et les stocks de précaution resteront à un niveau raisonnable.

Acte 3 : stagflation et récession

Néanmoins, si les risques des actes précédents se matérialisaient, alors le choc d’offre négatif constitué par les coûts élevés des matières premières et des consommations intermédiaires se conjuguerait à un choc de demande négatif, lié à la perte de pouvoir d’achat des ménages. Ce scénario catastrophe — un vrai choc pétrolier — pourrait alors déboucher au mieux sur une « stagflation », caractérisée par la stagnation de l’activité économique (faible croissance et chômage élevé) et une hausse généralisée des prix, au pire sur une récession. Ce, d’autant plus que la situation financière dégradée de nombreux États, depuis au moins la pandémie, limiterait l’action des politiques budgétaires.

Dans ce genre de choc touchant l’économie mondiale, le salut ne viendra pas non plus du commerce international, en particulier pour l’Europe, car Donald Trump s’est ingénié à déstructurer les relations commerciales internationales avec ses droits de douane incompréhensibles.

Gageons donc que l’évolution de la guerre ne transforme pas cette crise, pour l’instant surmontable, en véritable choc pétrolier insurmontable ! Épilogue à venir…