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Depuis la Normandie, Nguyen Khoi Tran étudie la logistique maritime

Professeur associé en supply chain et logistique, Nguyen Khoi Tran est également directeur académique des projets au Vietnam. Il étudie à l’EM Normandie depuis 2019. Interview.

Khoi Tran est professeur associé en management supply chain et logistique, ainsi que directeur académique des projets au Vietnam. © EM Normandie
Khoi Tran est professeur associé en management supply chain et logistique, ainsi que directeur académique des projets au Vietnam. © EM Normandie

Le chercheur vietnamien Nguyen Khoi Tran s’est installé au Havre en 2018 pour poursuivre ses travaux sur la logistique maritime et les chaînes d’approvisionnement mondiales à l’EM Normandie. Spécialiste des flux maritimes, il revient sur son parcours, ses recherches, notamment sur l’Ever Given qui a bloqué le canal de Suez et la place du port du Havre dans l’économie mondiale.

Qu’est-ce qui vous a amené jusqu’en Normandie ?

Nguyen Khoi Tran : Avant d’arriver à l’EM Normandie, j’étais déjà dans la recherche en gestion portuaire et gestion maritime. J’ai travaillé sur un projet à Singapour, à l’Université technologique de Nanyang. Je faisais de la recherche et j’ai repéré que l’EM Normandie avait une très forte spécialisation en gestion portuaire et maritime. Le Havre est une zone parfaite pour mon parcours : c'est un très grand port, un hub important en France. J’ai commencé à y travailler début 2019. Ma spécialisation porte sur les ports, le maritime, l’économie et la gestion, un domaine dans lequel l’EM Normandie compte parmi les rares écoles spécialisées en Europe et dans le monde. J’ai un grand intérêt à travailler ici.

Votre étude sur le blocage du canal de Suez a été primée par l’EM Normandie. Pouvez-vous nous en rappeler les grandes lignes ?

Il y a environ cinq ans, un porte-conteneurs, sur l’Ever Given, a emprunté le canal de Suez et s’est retrouvé bloqué. C’est un point très important pour la connexion entre l’Europe et l’Asie. À cause du blocage, qui a duré plusieurs jours, beaucoup de navires ne pouvaient plus circuler, ce qui a créé une énorme congestion. Après l’incident, j’ai voulu étudier l’impact de cet incident sur la chaîne logistique mondiale, sur les coûts de transport, les coûts d’inventaire, ou encore les émissions de dioxyde de carbone. Cela m’a pris près de trois ans, puis j’ai eu la chance que des professeurs de Suède, de Belgique et des Pays-Bas — des spécialistes en économie et logistique — participent à mon projet. L’obstruction du canal a ainsi causé 89 millions de dollars de pertes totales et 44 574 tonnes supplémentaires de dioxyde de carbone. Les résultats ont attiré beaucoup d’intérêt de la part de l’industrie. De nombreuses plateformes professionnelles ont cité nos résultats pour expliquer l’impact d’un tel accident sur l’économie mondiale.

En quoi la Normandie est-elle un territoire stratégique pour vos recherches ?

Le Havre est le premier port à conteneurs de France et l’un des plus importants d’Europe. Il génère des milliers d’emplois directs et indirects, attire des entreprises logistiques et joue un rôle clé dans les échanges entre l’Europe, l’Asie et les États-Unis. C'est un moteur pour l’économie normande. Pour un chercheur, c’est un bon terrain d’observation pour y suivre les opérations, comprendre les flux, ou encore analyser les innovations. La région Normandie possède une certaine expertise en logistique et en gestion maritime, ce qui attire aussi beaucoup d’étudiants.

Quels sont, selon vous, les grands défis des ports aujourd’hui ?

J’identifie deux défis majeurs : la transition environnementale et la transformation technologique. Les ports doivent réduire leurs émissions, optimiser leurs opérations, se doter de carburants plus écologiques. En parallèle, l’IA, la digitalisation et l’automatisation deviennent incontournables et un levier pour le monde maritime. Par exemple, grâce à des modèles prédictifs, un port peut informer un navire du meilleur moment pour arriver, réduire son temps d’attente et donc ses émissions de dioxyde de carbone. Ce type d’optimisation sera essentiel dans les années à venir.

Pour Aletheia Press, Eléonore Chombart