En bref

Des actions de blocage de prisons pour dénoncer la surpopulation carcérale

Plusieurs prisons subissent depuis lundi matin des blocages à l'appel du syndicat de surveillants pénitentiaires Ufap-Unsa pour demander des mesures d'urgence contre la...
Des surveillants pénitentiaires manifestent devant la prison de Bois-d'Arcy (Yvelines) le 27 avril 2026 © Alain JOCARD

Des surveillants pénitentiaires manifestent devant la prison de Bois-d'Arcy (Yvelines) le 27 avril 2026 © Alain JOCARD

Plusieurs prisons subissent depuis lundi matin des blocages à l'appel du syndicat de surveillants pénitentiaires Ufap-Unsa pour demander des mesures d'urgence contre la surpopulation carcérale et les sous-effectifs.

"22% des établissements sont bloqués", a indiqué à l'AFP le ministère de la Justice à 11H00. L'Ufap-Unsa espérait ces derniers jours que le mouvement soit suivi dans la moitié des 190 prisons du territoire.

FO Justice, premier syndicat chez les surveillants, ne s'y est en revanche pas associé, estimant qu'il intervenait "trop tôt".

Des actions ont notamment eu lieu à la prison parisienne de la Santé, Bois-d'Arcy (Yvelines), Villeneuve-les-Maguelone (Hérault), Beauvais (Oise), Amiens (Somme), Douai (Nord) et Béthune (Pas-de-Calais). Les entrées de ces établissements étaient bloquées par du personnel, empêchant parfois les extractions de détenus.

Dans les Hauts-de-France, des actions ont eu lieu "dans 14 établissements sur 17 et 11 étaient bloqués" lundi matin, a indiqué le secrétaire général régional Ufap-Unsa Thomas Vaugrand à l'AFP, réclamant un "plan d'urgence".

Devant la prison de Rennes-Vezin, le secrétaire local de l'Ufap-Unsa, Eric Toxé, a compté dès 6H30 une quarantaine de collègues venus manifester leur "mécontentement", en rappelant que l'établissement breton souffrait d'une "surpopulation de 169%" et manquait selon lui d'"une quarantaine d'agents". 

Surveillants et directeurs de prison alertent depuis des mois sur un système pénitentiaire au bord de l'explosion. Fin janvier, le Conseil de l'Europe avait dénoncé l'état de prisons françaises, surpeuplées et souvent insalubres, mettant en garde sur le risque d'une évolution vers un "entrepôt humain". 

Le record de surpopulation carcérale ne cesse d'être battu. Selon les derniers chiffres officiels, le taux d'occupation global était au 1er mars de 137,5%, avec 87.126 détenus pour moins de 63.500 places.

La maison d'arrêt de Valenciennes compte ainsi 380 détenus pour 196 places, selon son délégué Ufap-Unsa justice Stéphane Lecerf.

"On a moins de temps à consacrer (aux détenus), donc il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des loupés", a-t-il estimé, insistant sur les conséquences sur "les services d'insertion, de probation, la comptabilité: tous les services sont impactés".

A Lyon-Corbas, ouverte en 2009, l'un des représentants syndicaux, Ludovic Navarro, a déploré "plus d'agressions dans les cellules entre détenus".

La France figure parmi les très mauvais élèves en Europe, seules la Slovénie et Chypre présentant des taux supérieurs mais avec des populations bien inférieures.

Parallèlement, l'Ufap-Unsa dénonce les sous-effectifs chroniques de surveillants, en comptabilisant 5.000 postes non pourvus.

Au bout de leur vie

"Il y a des drames tous les jours en prison, les surveillants ne tiennent plus, ils sont au bout de leur vie", a abondé sur FranceInfo la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, fustigeant "les conditions immondes" dans lesquelles vivent les détenus. 

Un projet de loi en préparation a pour objectif de s'attaquer à la surpopulation carcérale et prévoit notamment de mettre un terme à la pratique des matelas posés au sol dans des cellules, faute de lits suffisants - il y en avait près de 7.000 au 1er mars. Aucun calendrier sur son dépôt, son examen et son adoption n'a été rendu public.

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exprimé son hostilité à tout dispositif de régulation carcérale, dispositif qui prévoit, comme c'est le cas en Allemagne, qu'au-delà d'un certain seuil, une entrée en détention s'accompagne d'une sortie.

Le ministère de la Justice compte ouvrir 3.000 places supplémentaires dans des "prisons modulaires", dont la moitié dès 2027.

Ces établissements, plus rapides et moins chers à construire que les structures classiques, sont destinés à accueillir des détenus en fin de peine ou condamnés pour de courtes durées, alors que moins d'un tiers des 15.000 places de prison additionnelles prévues dans un plan national lancé en 2018 ont été livrées.

Gérald Darmanin s'est félicité la semaine dernière d'une hausse des expulsions de détenus étrangers, dans le cadre de libérations conditionnelles ou d'accords bilatéraux. Mais cela ne concerne qu'un nombre limité de prisonniers et ne saurait résoudre le problème, relèvent les syndicats de surveillants et de directeurs de prison.