Edito
Du désastre national au pragmatisme local
Après l’impossible vote du budget et le recours au 49.3 sur la partie «recettes» du projet de loi de finances, il n’aura fallu que quelques minutes au Premier ministre pour couper court aux discussions interminables et autres concessions faites au PS pour éviter la censure. Des semaines de débats qui ont tenu la France et ses dirigeants en haleine, pour quels résultats ?
À l’heure où les représentants de l’opposition dénoncent à cor et à cri le coup de force de Sébastien Lecornu, qui a finalement renoncé et failli à sa promesse, les entrepreneurs laissent, non pas éclater leur colère, mais plutôt leur agacement. Exaspérés qu’ils sont, d’être encore et toujours «la variable d’ajustement». Après les revirements et les renoncements, Amir Reza-Tofighi, le président de la CPME, pointe du doigt une «parole politique (qui) n’a plus aucune valeur» quand Patrick Martin, le patron du Medef déplore «l’État (qui) se renie», critiquant la reconduction de la surtaxe sur les bénéfices des sociétés (IS) pour les grandes entreprises. Conscient que ce budget laisse un goût amer aux entreprises, le Premier ministre a tenté d’éteindre l’incendie et d’assurer le service après-vente, après avoir finalement mis de côté la baisse de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Tentant de rassurer le monde économique, il assure que «2026 sera une année de stabilité» (fiscale). Reste à savoir s’il sera encore aux commandes de la France pour respecter sa parole.
Confiance versus période de flottement
Si à l’Assemblée nationale, les politiques se donnent en spectacle, en région, les entrepreneurs, eux, continuent d’investir, de porter des projets et de recruter. Ils sont d’ailleurs nombreux en Lorraine à prendre des risques, malgré le contexte incertain (voir dossier, pages 36-37) à l’image des zones d’activités qui essaiment en Moselle, du programme immobilier Brabois Forestière qui connaît un vrai succès, sans oublier les entreprises qui embauchent à tour de bras, comme c’est le cas pour Daimler Buses en Meuse. Alors que le mois de janvier est celui des vœux, en ce début février, les acteurs économiques espèrent toujours la stabilité, mais aussi la confiance, conditions sine qua non pour que les investisseurs franchissent le pas. C’est d’ailleurs un des axes du livre blanc «Réarmer la ville productive», porté par le Medef de Meurthe-et-Moselle qui vient de publier un recueil de propositions à destination des élus politiques, à la veille des élections municipales, de mars. Une trentaine de pistes traduites par plus d’une centaine d’actions concrètes issues du travail de sa commission Prospectives. Et parmi ces axes figure, sans surprise, le fameux : «cultiver la confiance». Une confiance qui va devoir faire fi de la délicate période de flottement inhérente à l’arrivée de nouvelles équipes et où les chantiers et les décisions sont et seront tous à l’arrêt. Une période délicate que tous les patrons espèrent la plus courte possible alors que justement, il est plus que temps, de remettre l’économie au cœur des préoccupations, seul moteur au dynamisme des petites villes, comme des plus grandes agglomérations.