«Il y a quinze mois, il n’y avait que de l’herbe !»... Patrick Bourreau, vice-président exécutif opérations de Modal Group, mesure le chemin parcouru : “pas d’entreprise ferroviaire, pas de locaux, pas de conducteurs”. Le projet, attribué en février 2025, a vu sa première pierre posée le 25 novembre 2025. Le premier train a circulé le 3 septembre 2026. «643 jours se sont écoulés entre la remise de notre offre et le départ du premier train», souligne Bernard Meï, président de Modal Group.
Au cœur du port OuestFruit d’un investissement de 25 millions d’euros de Modal Group et Dunkerque-Port (14 pour Modal Group, 11 pour le GPMD), le terminal de 9,6 hectares s’étend le long du faisceau ferroviaire de Loon-Plage. Il se situe à côté du terminal ferries de DFDS et du Terminal des Flandres (conteneurs). Ouvert à tous les opérateurs, il peut accueillir en même temps quatre trains de fret de 750 mètres. Il compte 800 EVP de stockage à quai et 150 places pour semi-remorques. Un train, c’est l’équivalent de 42 semi-remorques retirées de la route. À terme, jusqu’à 50 000 unités de transport intermodal pourraient passer chaque année de la route au rail, soit environ 70 000 tonnes de CO2 évitées par an.
Toute la chaîne en interneModal Group, fondé en 2002 par Bernard Meï, mobilise ses filiales : terminaux Multimodaux exploite le terminal, Delta Rail commercialise le transport combiné, et Traix, sa nouvelle entreprise ferroviaire, assure la traction. Une quinzaine de personnes travaillent sur le site, dirigé par Didier Lebrun. Une dizaine de transporteurs routiers, dont Alainé, Fiollet, Perrenot ou Schmitt, testent déjà la liaison. Pour Bernard Meï, le terminal rail-route est complémentaire du maritime : l’essentiel des marchandises voyage en conteneur, qu’il faut ensuite acheminer vers l’intérieur des terres. Il rappelle que le rail consomme quatre à six fois moins d’énergie que la route, alors qu’il ne pèse que 9% du fret en France. Maurice Georges, président du directoire de Dunkerque-Port, salue chez Modal Group une vraie prise de risque d’entrepreneur. «Je pense que vos clients sont déjà au rendez-vous».
Un terminal par anSeul bémol pour Patrick Bourreau : à Lyon, le terminal du port Édouard-Herriot, où sont déchargés les trains venus de Dunkerque, approche déjà de la saturation. Le prolongement jusqu’à Piacenza, en Italie du Nord, est prévu au premier semestre 2027. Au-delà, Modal Group veut ouvrir un terminal par an et doubler l’offre de trains de sa filiale Delta Rail. Et le groupe ne compte pas s’arrêter là : Patrick Bourreau annoncera d’ici deux mois un nouveau projet de terminal de ferroutage, géré à 100 % en interne, comme celui de Dunkerque. Ses autres terminaux, en Lorraine, en Bourgogne et en Italie, sont exploités avec des partenaires.
«Ce qu’attendent nos clients, c’est que l'on arrive à l’heure»
Pour Aurélien Berriot, directeur général de Traix, tout se joue sur la ponctualité. Pari tenu : «On a 100 % de nos trains qui sont à ce jour à l’heure», y compris sur les derniers kilomètres jusqu’aux terminaux. L'atout ? Le terminal est installé juste à côté du poste d’aiguillage, ce qui permet d’anticiper les opérations, et le trajet a été préparé en amont avec SNCF Réseau.
Chaque train transporte en moyenne 1 700 tonnes sur 900 km, en 14 heures environ. Pour cela, cinq locomotives ont été achetées : trois électriques et deux thermiques. La traction électrique offre une stabilité au niveau énergétique qu’on ne retrouve pas dans le prix du gasoil. Un mois et demi après le premier départ, les trains approchent déjà les 60% de remplissage. La ligne devrait générer 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires dès 2026, alors que les trains ne roulent que depuis septembre, puis 7,5 millions d’euros en 2027.