En bref

Eurolysine Amiens : les élus interpellent l’État et l'Europe

Face à la situation critique de l’usine Eurolysine d’Amiens, une dizaine d'élus du territoire alerte l’État et l'Europe sur une urgence industrielle qu'ils estiment majeure face à une concurrence déloyale de la Chine.

© Eurolysine

© Eurolysine

Implantée à Amiens depuis 1976 et employant 320 personnes, Eurolysine (ex-usine Metex) est le seul et unique producteur européen d'acides aminés de fermentation. L'usine avait été reprise en juillet 2024 par le groupe Avril et Bpifrance. «Une activité vitale et stratégique pour la souveraineté alimentaire et industrielle de l'ensemble de notre continent», soulignent Frédéric Fauvet, maire d'Amiens et président d'Amiens Métropole, et Rémi Cardon, sénateur de la Somme. Les deux élus rappellent que l'usine a déjà été sauvée grâce à l'instauration par la Commission européenne de droits de douane anti-dumping, mais celle-ci fait de nouveau face à une concurrence déloyale de la Chine qui menace sa pérennité. Les syndicats et les salariés s'étaient mobilisés le 20 mai pour dénoncer la production chinoise, montrée du doigt pour vendre à perte. L'usine amiénoise perdrait alors deux à trois millions d'euros par mois, 23 millions d'euros en 2025, alors que la production tourne à plein régime.

«Chaque jour qui passe rapproche le site du point de rupture», appuie Frédéric Fauvet. C'est ainsi qu'avec une dizaine de signataires (voir en encadré), ils demandent la mise en place de droits de douanes provisoires et conservatoires à hauteur de 80% à l'échelle européenne. Ils s'adressent alors à Stéphane Séjourné, vice-président exécutif à la Prospérité et la stratégie industrielle de la Commission européenne, ainsi qu'à Roland Lescure, le ministre de l’Économie et des finances. «Dès l’instauration des droits de douane définitifs, les exportateurs chinois ont immédiatement contourné ces mesures en ajustant agressivement leurs tarifs, vendant leur production à perte et provoquant une baisse artificielle des prix sur le marché européen. Cette absorption des mesures anti-dumping asphyxie financièrement notre dernière capacité de production sur le continent alors même que depuis la reprise par le groupe Avril, les objectifs de production sont pleinement atteints».

À l'échelle nationale, les élus demandent le soutien financier de l’État face au retrait de la Bpi : «Pour traverser les prochains mois, Eurolysine a un besoin impératif de recapitalisation. Le refus de la Banque Publique d’Investissement - actionnaire à hauteur de 45% de l’usine - de réinvestir au capital est un signal préoccupant à l'heure où le plan Made in Europe et les discours sur la réindustrialisation de la France sont au cœur des priorités nationales. Nous demandons solennellement à l’État de pallier le désengagement de la BPI en investissant directement au capital d’Eurolysine aux côtés du groupe Avril. L'actionnaire industriel ne peut pas porter seul le poids financier de la souveraineté de notre pays et de l'Europe».

Pour conclure, les signataires soulignent au commissaire européen et au ministre que «laisser s'effondrer Eurolysine reviendrait à offrir à la Chine le monopole absolu des acides aminés essentiels à notre élevage et à notre chaîne alimentaire, et renier un modèle vertueux d’industrie verte et locale. Ce serait une faute stratégique majeure». Ils réitèrent leur appel à agir pour permettre à Eurolysine de perdurer.

Les élus signataires

Frédéric Fauvet, maire d’Amiens et président d’Amiens Métropole
Rémi Cardon, sénateur de la Somme
Chloé Ridel, députée européenne
Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France
Christelle Hiver, présidente du conseil départemental de la Somme
Zahia Hamdane, députée de la Somme
François Ruffin, député de la Somme
Zohra Darras, conseillère départementale du canton Amiens-2
Stéphane Demilly, sénateur de la Somme
Valérie Devaux, députée européenne
Laurent Somon, sénateur de la Somme
Eric Sargiacomo, député européen