Si l’aventure entrepreneuriale a commencé à deux, il y a trente ans, force est de constater que la croissance a été au rendez-vous pour Gomadent. Le laboratoire emploie actuellement près de quarante-cinq personnes et affiche une hausse à deux points de son chiffre d’affaires en 2025 alors que les résultats 2026 devraient être meilleurs. Pour atteindre ce sommet, l’entreprise a progressivement renforcé son réseau avec plus de deux cents clients installés aux quatre coins de la France, consolidés par des appels d’offres auprès des hôpitaux et la fidélisation de jeunes dentistes. La disponibilité et la réactivité ont fait la différence dans cette structure ouverte du lundi au samedi, garantissant des délais réduits pour les réparations urgentes. À l’heure où le positionnement «Made in France» est un axe de différenciation, valorisant la qualité des prothèses avec un faible retour mais aussi la sécurité, c’est bien du côté de la modernité que l’entreprise meusienne a su tirer son épingle du jeu avec un leitmotiv : s’adapter aux évolutions d’un marché en plein boom. «Il y a déjà vingt ans que le numérique est rentré chez nous. D’abord avec un premier scanner et de petites imprimantes». Ce virage, certains l’ont ignoré mais, très vite, Philippe Manté a compris qu’il fallait regarder de ce côté alors que la concurrence chinoise et turque inonde désormais plus de 50% du marché, selon le professionnel, exerçant de fait une pression tarifaire sur les fabricants français.
Un bond vers la modernité
Formé aux techniques traditionnelles comme la cire perdue ou la coulée de métaux aujourd’hui progressivement remplacées par la conception et la fabrication assistées par ordinateur (CFAO) et l’impression 3D, le dirigeant mise plus que jamais sur la numérisation et l’automatisation. L’enjeu a été de ne pas perdre de temps face à la transformation du métier qui s’appuyait auparavant exclusivement sur un savoir-faire artisanal mais qui demain passera inévitablement par un processus industriel. Pour accompagner sa stratégie, un autre laboratoire baptisé MB Dental 3D a été créé et installé à quelques pas de Gomadent, il y a cinq ans, en tant que centre d’usinage 100% numérique. Si cette entité distincte, dirigée par son fils Paul, était dépendante à 90% de Gomadent au démarrage de l’activité, elle a su depuis diversifier une autre clientèle qui représente 80% de ses commandes. À terme, c’est ce modèle qui fera foi, selon Philippe Manté. Actuellement, chez Gomadent, l’activité manuelle représente encore 60% contre 40% pour la production numérique grâce aux nombreuses «petites mains» réparties sur deux branches bien différentes : d’un côté les pièces conjointes (fixes en bouche comme les céramiques ou les implants) et de l’autre les adjointes qui demandent plus de manœuvres et de personnel (appareils mobiles).
Une phase de tests
Engagé dans une révolution de son organisation, Philippe Manté lancera prochainement la première phase avec une volonté de créer un environnement propre et numérique, sans poussière. Pour y parvenir, un investissement de 200 000 euros vient d’être injecté dans l’acquisition de différents matériels dont quatre caméras optiques en charge des empreintes par la suite scannées. L’objectif est de ne plus passer par la case plâtre permettant un gain de temps précieux pour assurer des livraisons encore plus rapides. La formation interne sera nécessaire pour le passage sur écran des équipes. «Mais avant que la prothèse manuelle n’existe plus, il y aura encore de nombreuses années, certains dentistes ne sont pas encore équipés. Nous allons passer dans une phase de tests et d’essais», explique le prothésiste dentaire. La restructuration est en marche autour d’un projet immobilier. Le choix se fera entre l’acquisition d’un bâtiment voisin ou un agrandissement pour y installer l’espace dédié au numérique. L’arbitrage sera fait avant la fin de l’année avec la volonté que la nouvelle organisation soit opérationnelle dans moins de trois ans. À ce moment-là, Philippe Manté lèvera définitivement le pied en espérant confier le laboratoire à un de ses salariés, représentant la nouvelle génération. La boucle sera alors bouclée.
Nous allons passer dans une phase de tests et d’essais
Meilleur apprenti de France
Chaque année, deux apprentis rejoignent l’effectif de Gomadent. Parmi eux, Jules Chaomleffel, qui a intégré le laboratoire il y a trois ans et vient de décrocher son Bac pro, mais aussi et surtout la médaille d’or du concours national «Un des meilleurs apprentis de France» dans la catégorie prothèse dentaire. Cette distinction marque «l’engagement d’un jeune qui n’a pas hésité à venir s’entraîner les week-ends et jours fériés pour finalement remporter cet exigeant concours», analyse avec fierté Philippe Manté.