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Hongrie : Péter Magyar inflige une défaite historique à Viktor Orban

Le parti Tisza de Péter Magyar a infligé une lourde défaite au Fidesz de Viktor Orban. Il pourra gouverner avec la «supermajorité» des deux tiers du parlement.

Péter Magyar, dimanche 12 avril 2026. © AFP

Péter Magyar, dimanche 12 avril 2026. © AFP

Le parti Tisza de Péter Magyar a infligé une lourde défaite au Fidesz de Viktor Orban. Il pourra gouverner avec la «supermajorité» des deux tiers du parlement.Fidèle à son cérémonial, à 22h30, Péter Magyar, drapeau en main, a lentement fendu la foule des dizaines de milliers de personnes massées sur la rive du Danube qui entonnaient le chant folklorique Vent du printemps. «Aujourd’hui, la vérité a vaincu le mensonge, l’État-parti, ses milliards dépensés en propagande, et ses services secrets», a lancé le chef du parti de centre-droit Tisza, avec le parlement en fond, sur l’autre rive. «On n’a jamais voté autant dans la Hongrie démocratique : 3,3 millions d’électeurs nous ont élus et nous aurons une majorité des deux tiers pour construire une Hongrie fonctionnelle et humaine. Vous avez fait des miracles, vous avez écrit l’histoire de la Hongrie !». 

La victoire de Tisza, parti de centre droit allié au Parti populaire européen, est écrasante et au-delà des espérances de ses partisans. Après 95% des votes décomptés, le parti de Péter Magyar a remporté 54% des voix contre 38% pour le Fidesz et 6% pour le parti d’extrême droite Mi Hazank (Notre patrie), troisième et dernier parti à entrer au parlement. Plus impressionnant encore, Tisza se serait adjugé 94 des 106 circonscriptions du pays. Il pourrait décrocher 138 des 199 sièges à l’Assemblée nationale. À campagne historique, participation historique : elle a atteint un record avoisinant 80%, contre 70% il y a quatre ans. 

Viktor Orban a reconnu sa défaite dès 21h30, provoquant une vague de hourras et d’embrassades chez les partisans de Péter Magyar. «Ça fait seize ans qu’on attendait ça, ce soir c’est historique», s’est réjoui Zoltan, patron d’une PME, en débouchant le champagne avec sa femme et ses amis. «Enfin la majorité de la population a ouvert les yeux sur cette mafia pro-russe qui nous gouvernait».

«L’avenir reste très incertain»

«On ne pensait pas qu’Orban reconnaîtrait si vite sa défaite. La joie est immense mais mêlée d’anxiété», ont déclaré Patrick et Szilard, deux vingtenaires dans la foule. «C’est une victoire et c’est le début de quelque chose, mais l’avenir reste très incertain, la population reste très divisée et on ne sait pas ce que peut faire le Fidesz pendant les 30 jours qui lui restent au pouvoir».

Extrêmement offensif, le nouvel homme fort du pays, un avocat de 45 ans, issu de la nomenklatura du Fidesz, a promis d’accomplir le «changement de régime» annoncé et demandé la démission du président de la République, du président de la Cour suprême, du procureur général, du président de la Cour des comptes et de l’autorité des médias. «Qu’ils partent d’eux-mêmes ou nous les virerons. Ils ont occupé notre pays, maintenant ce régime est terminé ! Nous ne permettrons plus jamais à personne de capturer l’État».

Viktor Orban, dirigeant nationaliste de 62 ans, dont 16 à la tête du pays, a donc finalement été battu à l’issue d’une campagne hors-norme, comme la Hongrie n’en avait jamais vécu, marquée par des révélations fracassantes de la collusion de Budapest avec la Russie, des coups fourrés dignes de roman d’espionnage, et les ombres de Washington et de Moscou. «Dehors les Russes !» a scandé la foule à plusieurs reprises dimanche soir, reprenant le slogan des insurgés antisoviétiques de 1956.

20 milliards d’euros gelés par la Commission européenne

Dans la dernière ligne droite de la campagne, les médias pro-Orban, tel que le quotidien Magyar Nemzet, se sont fait l’écho d’informations parues dans des médias russes selon lesquelles, en cas de défaite, Péter Magyar en cheville avec Kiev, préparerait un coup d’État. Cela en occupant des points stratégiques de la capitale, comme les ponts et des bâtiments publics. Pour Viktor Orban, au pouvoir depuis 16 années, la campagne a été un chemin de croix. Elle s’est achevée samedi soir sur un meeting dans le quartier du château royal, qui semblait signer le crépuscule du dirigeant magyar qui avait adressé un inhabituel salut à ses partisans.

Inconnu il y a encore deux ans, Péter Magyar, avocat et haut fonctionnaire, s’est retourné contre la nomenklatura du Fidesz et s’est rapidement imposé comme le catalyseur de la colère et le visage de la révolte contre les tendances autoritaires de Viktor Orban. Une fois au pouvoir, il entend prioritairement mettre en place un Office national de recouvrement et de protection des avoirs, déposer la candidature de la Hongrie pour adhérer au Parquet anticorruption européen et rapatrier près de vingt milliards d’euros toujours gelés par la Commission européenne. Mais avant cela, place aux célébrations, toute la nuit sur les bords du Danube et devant le parlement. Une immense catharsis après seize années de confiscation du pouvoir.

Avec AFP