Les discours autour du sport et de la santé au travail occupent aujourd’hui la sphère entrepreneuriale. Les entreprises sont-elles réellement en accord entre leurs discours et leurs actes ?
Alain Maubrun : Bon nombre d’enquêtes le révèlent : aujourd’hui, près de 90% des dirigeants d’entreprise plébiscitent l’activité physique en entreprise (APS). C’est un moyen dans une stratégie RSE (Responsabilité sociétale de l’entreprise), c’est du bien-être et de la capitalisation pour les organisations. Entre les discours et les actes, il y a un fossé. Au niveau national, nous arrivons à un petit 18% d’entreprises qui ont réellement mis en place de l’APS au sein de leur structure.
Julie Comte : Cela n’est pas encore réellement dans la réflexion de la majorité des dirigeants. Ils sont encore nombreux à penser que tout cela représente un coût mais en fait c’est un investissement.
Comment expliquez-vous cette différence ?
Alain Maubrun : L’activité physique en entreprise, la santé et le bien-être, ce ne sont pas vraiment les dossiers qui arrivent sur le dessus de la pile d’un dirigeant. Il y accède quand vous avez une personne en interne qui est motivée par le sujet et qui voit surtout l’intérêt de mettre en place une véritable stratégie en la matière.
Julie Comte : C’est souvent une question de personnes. Dans nos démarches de prospection pour faire-valoir et proposer nos services en matière d’APS, il est certain que les choses passent mieux avec quelqu’un qui possède une appétence pour le sport. Ce que nous recherchons au sein des entreprises, c’est un leader en la matière qui peut entraîner les autres et convaincre le dirigeant.
Depuis la création du Comité départemental du sport en entreprise en Meurthe-et-Moselle, en 2017, combien d’entreprises touchez-vous ?
Alain Maubrun : Sur les quelque 22 500 entreprises présentes dans le département, nous en avons une centaine. C’est dire si du chemin reste à faire. Nous touchons l’univers entrepreneurial de deux façons : soit en direct, soit via, dans le cas de la Métropole du Grand Nancy, les ATP (Une Association, un Territoire, un Projet) comme celle du Dynapôle de Ludres ou encore NB Tech sur le Technopôle de Brabois. Au niveau des ATP grand-nancéiennes, nous pouvons dire que c’est une réussite depuis le début car il y a une véritable implication des structures et des villes de la métropole qui nous mettent à disposition les infrastructures nécessaires pour proposer nos activités. Dans les autres parties du département, c’est beaucoup plus délicat.
Julie Comte : Aujourd’hui, nous centrons nos actions pour toucher directement les entreprises. La demande de leur part devient de plus en plus importante. Le message commence à passer.
Il faut un leader en la matière
Quelles sont les activités que vous proposez ?
Alain Maubrun : Notre objectif est de sortir les salariés de leur sédentarité. Les collaborateurs sont tous licenciés de notre fédération sportive et surtout assurés. Ils prennent directement leur licence mais l’entreprise prend en charge une grande part. Pour prendre l’exemple au sein des ATP, la prise en charge est conséquente. À l’année, cela revient à seulement 70 euros pour le collaborateur. L’argent ne doit pas être un frein pour lutter contre la sédentarité. Les activités se déroulent en entreprise toujours au moment de la pause méridienne en respectant les horaires de celle-ci. Aujourd’hui, nous proposons 45 activités par semaine (yoga, stretching, pilates, cardio, renforcement musculaire, marche nordique). Nous ne sommes pas dans l’activité physique compétitive mais dans l’activité physique santé. Ces bienfaits ne sont plus à démontrer pour les entreprises. Si vous prenez un salarié qui pratique un sport par rapport à celui qui n’en pratique pas, vous avez une baisse de l’absentéisme et une augmentation de la productivité. L’effet ciseau est plus que bénéfique.
Julie Comte : Depuis la période de la Covid, nous avons lancé également des séances d’activité physique en entreprise en visio, c’est d’ailleurs exclusive à la Fédération française du sport en entreprise. Cela a un double intérêt. Les collaborateurs qui y participent ont leur intimité préservée, et c’est très important car il est parfois délicat de se retrouver en tenue de sport auprès de ses collègues. D’autre part, cela permet de toucher des collaborateurs de plusieurs sites de l’entreprise. Avec ce dispositif, nous captons des personnes qui ne seraient pas forcément venues dans des séances en présentiel.
Qui sont les personnes qui réalisent les cours ?
Julie Comte : Nous travaillons avec une vingtaine de coachs par mois, tous diplômés d’État et certifiés par l’organisme de formation de la Fédération française du sport d’entreprise.
À côté des séances d’activité physique, quelles sont vos autres actions ?
Julie Comte : Nous avons un pôle Événementiel qui organise les Lauriers du sport. Ce sont des rencontres mensuelles inter-entreprises de découverte d’activités (badminton, bowling, basket 3-3, padel, pétanque, escalade au programme cette année) avec un petit côté challenge d’entreprise. Nous avons également un pôle formation. Nous sommes certifiés Qualiopi et nous formons notamment des personnes en entreprise pour y dispenser des exercices d’éveil musculaire. Le tout est pris en charge par la formation professionnelle.