La désindustrialisation ? «Ce n'est pas ce que nous constatons», déclarait Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, la banque publique d'investissement, le 11 mars dernier. C'était à l'occasion de la présentation des résultats de la 4e édition de l'«Observatoire de l'industrie» de Bpifrance Le lab. L'étude retrace les évolutions de la dynamique des sites et start-up industriels en 2025. Le résultat : un solde d'ouvertures d'usines tout juste positif (+ 1). Au total, l'étude recense 245 ouvertures (ou agrandissements) de sites industriels, contre 195 en 2024, pour 244 fermetures.
Sur ce sujet ultra sensible, Bpifrance partage son «diagnostique de plateau», avec la DGE, Direction générale des entreprises (Bercy) et l'Observatoire Usine Nouvelle. A l'inverse, l'Observatoire Trendeo conclut à une diminution du nombre d'usines en 2025. D'après l'Insee, le poids de l'industrie manufacturière en France dans le PIB est resté stable - autour de 9,5%- comme en 2024.
Autre constat général relayé par Bpifrance : l'an dernier, l'industrie a perdu des effectifs salariés (5 000 environ par trimestre, les trois derniers trimestres ). En revanche, «l'industrie continue à recruter beaucoup d'intérimaires, alors que cela diminue dans beaucoup d'autres secteurs», note Nicolas Dufourcq. Au delà de cette tendance globale, l’évolution diffère selon les secteurs. Les filières innovantes, engagées dans la transition écologique, tirent la croissance. En particulier, avec 61 ouvertures d'usines, les industries vertes affichent le meilleur solde (+ 40 usines). Exemple, OP Mobility a ouvert une usine de réservoirs à hydrogène pour les poids lourds, Soprema, un site de panneaux d'isolation thermique. Le secteur des énergies est également dynamique : 46 usines ouvertes (+ 33 ). C'est aussi le cas de l'industrie 4.0 et de l'électronique avec 49 ouvertures (+ 32) ou de la santé (28 ouvertures,+ 19). A l'inverse, certains secteurs, touchés de plein fouet par la compétition internationale, affichent des scores négatifs. Le secteur des biens d'équipement et de consommation a fermé 99 usines ( solde : -48), et les industries non vertes (dans la métallurgie ou la plasturgie, notamment) en ont subi 48 (-36). Parmi elles, celles de Michelin (pneus) et de Vencorex (chimie) . «On constate clairement les effets de la concurrence chinoise», commente Nicolas Dufourcq.
Autre précision : le solde d'ouvertures d'usines diffère selon les tailles et les types d'entreprises. En 2025, les grands groupes ont fermé plus d'usines qu'ils n'en ont ouvert ( 59 contre 42) , tout comme les PME et ETI (151 vs128). A contrario, le solde des start-up industrielles est positif : 75 ouvertures pour 43 fermetures.
Usine à moustiques et créations d'emplois
Exemples d'usines de start-up industrielles : celle qui produit des moustiques stérilisés (destinés à être relâchés pour réduire la population de ces insectes ) ouverte par Terratis, celle de NeoCem (Oise) de production de ciment bas carbone, de Minmaxmedical qui produit robots, systèmes de navigation et composants médicaux, ou encore la ferme aquaponique de gambas, d’Agriloops...«Il existe un nombre important d'ouverture d'usines de start-up positionnées sur des technologiques très innovantes qui ne sont pas encore maîtrisées par nos concurrents chinois», analyse Nicolas Dufourcq.
«Portrait robot» d'une usine ouverte par une start-up industrielle : elle émane d'une entreprise fondée sept ans auparavant, nécessite 14 millions d'euros d'investissement et crée 50 emplois. Par comparaison, l'usine d'une PME émane d'une société de 30 ans d'âge pour un investissement de 28 millions d'euros et 69 emplois. Côté grands groupes, l'usine type prévoit un investissement de 71 millions d'euros pour 124 postes. En matière d'emplois, le ratio entre l'usine des start-up et celle des grands groupes reste donc limité. En fait, les grands projets -à l'image de la gigafactory de batteries électrique de Verkor, inaugurée en décembre 2025 à Dunkerque, qui compte 570 salariés et en prévoit 1 200 à terme- constituent une rareté. Et pour les projets des start-ups, en particulier sur la deeptech, «l'enjeu est d'ouvrir des usines de taille modeste pour tester l'industrialisation, et ensuite, lorsqu’elle se passe bien, de passer à l'usine à échelle», commente Thomas Cazor, chargé de mission du plan start-ups et PME industrielles de Bpifrance. Il n'est plus question de «projets cathédrale (…) à la mode chinoise», explique-t-il.
Au total, Bpifrance recense 3 543 start-up à vocation industrielle. 47% d'entre elles sont positionnées sur la green tech (chimie verte, protection de la biodiversité et des sols, bio matériaux...), et 35% sont des deeptech (issues de la recherche). Entre 2022 et 2025, elles ont créé 240 usines. Cet écosystème fait l'objet de toutes les attentions de Bpifrance qui investit dans chacune de ces sociétés et déploie plusieurs programmes de soutien (plan start-up industrielles, plan deep tech...). «C'est ni plus ni moins qu'une politique industrielle à la chinoise, même si nous n'avons pas les mêmes moyens», avance Nicolas Dufourcq.
Pour Bpifrance, les dynamiques montrent que ces entreprises constituent – directement et indirectement - un atout majeur pour l'avenir du tissu industriel français. 96% des start-ups ayant levé des fonds entre 2023 et 2025 et qui produisent en propre le font en France.
Et le réservoir est là : l'âge médian des start-ups à vocation industrielles est de cinq ans.