Une année 2025 en «demie-teinte », synthétisait Philippe Crouzet, président d'Initiative France, réseau de financement et d'accompagnement des projets d'entreprise, le 3 mars, à Paris. Il commentait, devant la presse, les résultats de l'enquête menée en décembre dernier auprès d'entrepreneurs accompagnés par l'association. Au niveau national, la démographie des entreprises témoigne d'une situation difficile, marquée par le niveau record atteint par les défaillances en 2025 (68 057). Pour autant, les entrepreneurs du réseau Initiative France semblent globalement garder le moral : « neuf sur 10 sont dans un état d'esprit positif », dévoile Philippe Crouzet. Néanmoins, les signes de lassitude sont nombreux. Si 76% des sondés déclarent qu'ils referaient le même choix (entrepreneurial), c'est 4 points de moins qu'en 2024. Dans le même sens, 88% se disent « heureux au travail », là aussi, en baisse de 4 points par rapport à l'an dernier. Quant aux entrepreneurs qui s'estiment satisfaits de leur rémunération, ils ne sont que 37%, (-4 points). Et ils sont aussi moins nombreux à avoir créé des emplois l'an dernier (26%) qu'en 2024 ( 32%).
Parmi les principales difficultés rencontrées, la charge mentale est citée en premier (42%). « C'est une réalité très concrète. Cela revient à penser à tout, tout le temps, sans vraiment jamais déconnecter », témoigne Oksana Thavone, fondatrice de Pépite café (Essonne) accompagnée par Initiative France. La lourdeur des formalités administratives suit (37%), devant « attirer et fidéliser la clientèle ». Seuls 4% des entrepreneurs se plaignent de devoir faire face à une croissance trop rapide.
Maintenir son niveau d'activité
La conjoncture met la motivation des entrepreneurs « à rude épreuve », commente Philippe Crouzet. Sur le plan économique, 37% d'entre eux déclarent n'avoir rencontré « aucune difficulté particulière », l'an dernier. Mais ils sont 32% à évoquer des problèmes de trésorerie. « Ma principale difficulté, ce sont les impayés. (…) Les entreprises mettent énormément de temps à payer. Si on ne prend pas cela en considération, on coule (...) C'est un peu fataliste, mais je ne pense pas que cela va beaucoup évoluer. On vit avec », témoigne, résigné, Rémi Vray, repreneur de Atout Bois 42, (Loire), entreprise spécialisée dans l'aménagement bois extérieur. Au niveau global, 81% des entrepreneurs s'inquiètent du contexte économique et politique de la France. Ils redoutent notamment une baisse du pouvoir d'achat des consommateurs ( 60%), une hausse d’impôts (44%), l’instabilité politique (35%). Avec la guerre au Moyen-Orient qui s'ajoute, « cela va nous impacter, mais nous sommes trop loin pour nous rendre compte de ce que sera précisément cet impact », estime Rémi Vray.
D'après l'étude d'Initiative France, les turbulences qui les entourent n'empêchent pas 36% des entrepreneurs d'anticiper une meilleure année pour leur activité qu'en 2025, et 40%, d'entre eux, une année « stable ». Toutefois, « alors même que les entrepreneurs sont plutôt optimistes sur le niveau d'activité attendu, ils sont majoritairement dans l'état d'esprit de ne pas embaucher », constate Philippe Crouzet, qui relève leur « prudence ». D'après l'étude, 57% des entrepreneurs annoncent ne pas vouloir recruter cette année et ils ne sont que 32% à vouloir lancer de nouvelles offres de service ou de produits (-5 points). Une proportion similaire se fixe comme objectif de maintenir le niveau d'activité de l'entreprise.
« Plus 30%, uniquement en s'organisant »
Parmi les 20 299 projets soutenus par Initiative France en 2025, 7 554 sont des reprises de sociétés. Il s'agit en fait de la seule catégorie de projets qui a – un peu -augmenté l'an dernier (+1%). Parmi eux, Atout Bois, que Rémi Vray a repris, il y a deux ans et demi, avec un salarié : « j'ai choisi la reprise par confort. La création, c'est bien, c'est votre bébé.. mais c’est aussi une prise de risque. Je préférais quelque chose qui tourne déjà, qui existe, avec un potentiel pour pouvoir le sculpter à ma façon ». La première année, il a développé « le même business », mais à sa façon, « avec un côté un peu industrialisé ». Résultat : « plus 30% de chiffre d'affaires par rapport à l'année précédente, uniquement en s'organisant » . La deuxième année a été consacrée au développement d'un nouveau marché, les marchés publics, démarche qui n'a pas encore porté ses fruits.
Pour Initiative France, augmenter le nombre de projets de reprises accompagnés fait partie des priorités pour l'avenir. Une vague est, en effet, attendue : 37 000 chefs d'entreprises devraient partir à la retraite dans les cinq années à venir, d'après Bpifrance le Lab. « Nous allons nous organiser pour faire face à cette demande », promet Philippe Crouzet. En particulier, l'association devrait augmenter considérablement le montant de ses prêts d'honneur ( en moyenne, inférieurs à 10 000 euros), pour être en mesure de soutenir ces projets qui nécessitent des financements beaucoup plus importants. En 2025, au total, l'association a accordé 179 millions d'euros de prêts d'honneur. Ajoutés aux 120 millions d'euros de Bpifrance, ils ont permis de déclencher 2,4 milliards d'euros de prêts bancaires.
La responsabilité sociétale des entreprises pâtit des turbulences
D'après Initiative France, en 2025, 59 % des entrepreneurs ont réalisé des choix peu rentables, mais dont ils estimaient qu'ils étaient plus conformes à leurs convictions environnementales ou sociales. C'est 11 points de moins que l’année précédente.