Et si l'innovation passait par plus de simplicité ? C’est la question posée par le Ceser Normandie, dans un rapport de quelque 130 pages décryptant l’intérêt des démarches low-tech pour accompagner la transition des territoires face aux limites planétaires. Dans un contexte de raréfaction des ressources et de crise de l’énergie, le rapport livre ses préconisations pour structurer la filière.
«Nous sommes à une période de bascule, estime Sophie Chaussi, la présidente de la commission Recherche, innovation et coopération du Ceser Normandie. Même si elles sont encore mal connues, les solutions low-tech ne laissent plus personne indifférent lorsque nous en faisons découvrir les principes. Je pense que la société est prête à s’en emparer, et notamment le monde industriel, à condition de continuer à créer des ponts.»
Faire de la Normandie un territoire pilote
Animé par le réseau Low-Tech Normandie, avec le soutien de l’Ademe et de la Région, l’écosystème s’est fortement développé ces dernières années. Une quinzaine de structures sont particulièrement actives en Seine-Maritime. Les initiatives concernent l’alimentation (NeoLoco, Triticum, la Consigne Havraise, la Ceinture verte…), les mobilités sobres (Vhélio, Guidoline, Human-Mob, Betobo…) ou l’éco-construction (Grand Chantier, Passilow, Logeo…).
Certaines structures se tournent vers l’accompagnement des entreprises dans la professionnalisation des outils low-tech (La Belle Tech) ou le développement de méthodes permettant aux organisations de gérer leur activité en s’adaptant à lavariabilité des ressources et de l’énergie (Teled). «Intégrer la low-tech suppose d’adopter une nouvelle façon de penser. Il ne s’agit pas de nier la nécessité de la rentabilité, mais de chercher un impact totalement différent, qu’il soit environnemental ou social, commente Sophie Chaussi. La méthode Teled montre qu’un pas de côté, sans investissement supplémentaire, peut apporter un bénéfice important.»
D’après le Ceser, la Normandie dispose des atouts nécessaires pour s’imposer parmi les territoires pilotes. Pour accélérer cette dynamique, l’Ademe Normandie vient de renouveler son appel à projets permanent LoTec. Les freins restent toutefois nombreux : manque de notoriété de la low-tech hors des cercles déjà sensibilisés, réglementation encore inadaptée et modèles économiques souvent fragiles. «L’idéal serait que la Région inscrive la low-tech dans ses schémas stratégiques afin d’adosser des financements pérennes. Il faut soutenir l’innovation dans le temps», estime Sophie Chaussi.
Un colloque à l’université en 2027
Ces enjeux de sobriété seront également au cœur des débats le 15 octobre. Le Pavillon des Transitions accueillera en effet le chercheur Olivier Hamant pour sa conférence : «L’entreprise de demain, robuste et coopérative», tandis que se tiendront le même jour les Assises normandes de l'Économie circulaire. La revue Études Normandes vient par ailleurs de consacrer un numéro aux expérimentations menées sur le territoire et ce alors que l’université de Rouen accueillera les 3 et 4 juin 2027 un colloque interdisciplinaire sur la low-tech. L’appel à contribution vient d’être lancé.