Enquête

L’appel de la «forêt-santé» est lancé

La forêt de Darney-la-Vôge, laboratoire vivant pour l’émergence d’une future filière autour de la santé et du bien-être ? L’idée pourrait germer si la thèse «Forêt-Santé» portée par Aurélie Gouneaud, jeune ingénieure diplômée de l’École nationale supérieure des technologies et industries du bois (ENSTIB) d’Épinal se concrétise. Parrainée par le naturaliste Michel Munier, la course au financement et à la recherche de mécènes est lancée.


Une nouvelle filière de développement économique locale version santé-bien-être serait-elle en train de naître du côté du massif vosgien et plus particulièrement autour de la forêt de Darney-la-Vôge, labellisée forêt d’exception ? Peut-être si le projet de thèse d’Aurélie Gouneaud, jeune ingénieure fraîchement diplômée de l’École nationale supérieure des technologies et industries du bois (ENSTIB) d’Épinal arrive à boucler son financement. 

165 000 euros au total pour ces recherches devant durer trois ans visant à «démontrer ce que la forêt peut apporter à la santé», comme l’explique Caroline Simon, enseignante à l’ENSTIB et chercheuse au Laboratoire d’études et de recherche sur le matériaux bois (Lermab) et codirectrice de cette future thèse. 

Mi-février, avec les autres porteurs de ce projet la Faculté de médecine de Nancy et l’Office national des forêts, un appel au peuple a été lancé à l’occasion d’une conférence de presse. La pertinence scientifique de cette thèse est le fruit de deux projets de fin d’études d’élèves ingénieurs de l’ENSTIB menés en 2023-2024 et 2024-2025. 

Un levier pour le développement économique local

«Ces deux projets ont visé à développer une méthodologie d’identification des molécules ayant des effets thérapeutiques présentes dans nos forêts afin d’établir des liens entre certains bienfaits et des caractéristiques sylvicoles telle que l’essence, l’âge du peuplement de la nature du sol», explique Caroline Simon. 

«Nous savons que ce que nous appelons communément les bains de forêts ont un effet positif sur la santé. Les premiers résultats obtenus sont prometteurs et cette thèse pourra les valider scientifiquement», assure Gisèle Kanny, responsable du Laboratoire d’hydrologie et climatologie médicales, directrice de la future thèse. 

«La preuve scientifique permettrait de valoriser l’environnement forestier du territoire et contribuerait au développement de l’offre de santé, à destination des citoyens et des curistes. C’est un levier pour le développement économique local de notre territoire», assure la future thésarde.

Établissements thermaux ciblés

 Les objectifs de cette thèse visent notamment à «quantifier les émissions de molécules gazeuses à effets connus comme positifs sur la santé, en particulier les terpènes, issues de différents peuplements du territoire forestiers expérimental de la forêt de Darney-la-Vôge mais également mettre en place des études cliniques évaluant l’impact de l’environnement «forêt» sur le bien-être des usagers des bains de forêts et des personnes souffrant de maladies chroniques, en particulier les curistes des établissements thermaux du territoire de Darney»

De là à voir l’émergence d’une filière éco-santé autour de ces fameux bains de forêts, il n’y a qu’un pas mais le chemin risque d’être long, très long. 

«Nous n’en sommes pas encore là mais tous les possibles sont envisageables si les travaux de cette thèse peuvent être menés». Reste donc à trouver les financements ! Dans les financeurs potentiels présentés (dont certains espérés : NDLR), les porteurs de projets mentionnent la Région Grand Est (à hauteur de 60 000 euros), la Communauté de communes Vosges Côté Sud-Ouest (à hauteur de 5 000 euros), la fondation ID+Lorraine (à hauteur de 400 euros) et Pascal Triboulot ancien directeur de l’ENSTIB (à hauteur de 6 000 euros). 

L’équipe pluridisciplinaire compte sur l’écosystème entrepreneurial et notamment les différents établissements de thermalisme pouvant voir dans cette recherche annoncée un potentiel certain. 

Pour convaincre, les porteurs du projet peuvent compter sur un parrain de choix. Michel Munier, naturaliste engagé, père du photographe animalier et réalisateur Vincent Munier (producteur du récent Chant des forêts, qui a fait un carton : NDLR). 

«Le lien entre la forêt et la santé, pour moi, c’est une évidence», assure ce fin connaisseur des milieux forestiers. Reste à convaincre.

L’appel de la forêt-santé est lancé.

Bains de forêts salvateurs

Des bains de forêts ! Pour certains, cela peut prêter à sourire s’ils sont abordés sous l’angle bobos urbains en quête de nature, mais leurs vertus ne seraient plus à faire. Plusieurs travaux scientifiques, notamment au Japon et dans les pays scandinaves, l’attestent, plusieurs molécules produites par les arbres sont bénéfiques à l’homme. De là à se perdre en forêt, il n’y a qu’un pas...