Organisée dans les locaux de la CCI Grand Hainaut, à Valenciennes, la soirée REV3 consacrée aux nouveaux enjeux de l’eau a réuni élus, experts et dirigeants d’entreprises autour d’une question centrale : comment concilier activité économique et préservation de la ressource ? «L’eau est devenue un enjeu majeur à l’échelle mondiale», a rappelé en préambule Bruno Fontaine, président de la chambre consulaire. «Les évolutions de la société ont profondément modifié les usages et la consommation, la question est désormais de savoir quel comportement doit adopter l’entreprise face à cette ressource».
Deux outils de planification
Directrice du Syndicat Mixte Escaut et Affluents et chargée de mission du SAGE de l’Escaut, Audrey Lieval a présenté le cadre réglementaire qui organise la gestion de l’eau en France. Celui-ci repose notamment sur deux outils de planification : le SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux) et le SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux). «L’eau est considérée comme un patrimoine commun de la nation. Les SDAGE fixent les grandes orientations à l’échelle d’un bassin hydrographique, tandis que les SAGE déclinent ces objectifs à l’échelle locale», a-t-elle expliqué.
Ces dispositifs visent à atteindre «le bon état» des masses d’eau pour reprendre ses mots, objectif fixé par la directive-cadre européenne sur l’eau. Sur le bassin de l’Escaut, cinq grands enjeux ont été identifiés : la reconquête des milieux aquatiques, la lutte contre le ruissellement et les inondations, l’amélioration de la qualité de l’eau, la gestion de la ressource souterraine et la gouvernance. «Les entreprises ont un rôle important à jouer, notamment dans la prévention des pollutions accidentelles ou encore les économies d’eau».
Des financements pour accélérer la transition
Directeur des interventions au sein de l’Agence de l’Eau Artois-Picardie, Pierre Branger a ensuite rappelé que l’eau constitue un véritable moteur pour les territoires. « L’eau est un carburant pour l’économie, pour l’environnement et pour la santé. Sa gestion doit désormais être pleinement intégrée aux stratégies des entreprises». Créée en 1964, l’entité publique joue un rôle clé dans la connaissance de la ressource et dans le financement de projets visant à améliorer sa gestion, atour d’un fonctionnement reposant sur un principe simple : les redevances liées à l’usage de l’eau sont réinvesties dans des actions de protection et de préservation.
Dans le cadre de son 12e programme d’intervention (2025-2030), l’agence mobilisera ainsi plus de 1,1 milliard d’euros pour accompagner la transition écologique. «Nous avons prévu 80 millions d’euros dédiés aux activités économiques hors secteur agricole, soit un effort significatif pour soutenir les entreprises qui souhaitent réduire leur impact sur la ressource». Plusieurs types d’aides sont proposés comme des financement d’études, une soutien à la réduction des consommations d’eau, à l’amélioration des procédés industriels ou encore la gestion des eaux pluviales. L’objectif étant de réduire les prélèvements en eau des acteurs économiques et industriels du territoire de 10% d’ici 2030.
Performance économique
Au-delà des cadres réglementaires et financiers, la soirée a également permis de mettre en lumière les réalités vécues par les entreprises du territoire, notamment dans l’agroalimentaire, grâce aux témoignages de Mathieu Duyck et Augustin Motte, respectivement PDG de la brasserie Duyck à Jenlain et de la société Lucullus installée à Prouvy.
Comme l’a rappelé Mathieu Duyck, «l’eau est essentielle à la fabrication de la bière et ce n’est pas un hasard si la région est historiquement brassicole», ainsi qu’une ressource utilisée pour le lavage des installations et la maîtrise des températures. L’optimisation des consommations, le recyclage de certains flux ou encore la maîtrise des rejets font désormais partie intégrante des réflexions stratégiques de l’entreprise. Au-même titre, réduire les consommations et optimiser les circuits internes d’eau devient un levier incontournable chez Lucullus pour concilier performance économique et responsabilité environnementale.
À travers ces interventions, la CCI Grand Hainaut a ainsi voulu rappeler que la gestion durable de l’eau constitue désormais un enjeu stratégique pour les territoires comme pour les entreprises.
« L’eau finance l’eau »
Créées par la loi sur l’eau de 1964, les agences de l’eau sont des établissements publics chargés de préserver la ressource à l’échelle des grands bassins hydrographiques. Leur mission consiste à améliorer la qualité des eaux et à favoriser une gestion équilibrée entre les différents usages. Elles financent études et travaux grâce aux redevances payées par les usagers : un principe simple, « l’eau finance l’eau ».