Entreprises
L’environnement de travail, nouveau terrain stratégique des organisations
Stabilisation des coûts, explosion des services aux collaborateurs, nouvelles coopérations entre RH, RSE et immobilier… Les derniers indicateurs montrent une transformation profonde des environnements de travail. En première ligne, les directions de l’environnement de travail pilotent cette mutation, entre maîtrise budgétaire et amélioration de l’expérience salarié. Hubert Labouche, secrétaire général adjoint à l’IDET, association qui représente la filière des environnements de travail, apporte son éclairage sur ces évolutions.
Le coût global d’un poste de travail atteint 11 111 €, en légère hausse de 2 % sur un an. Comment expliquez-vous cette stabilité relative dans un contexte d’inflation et de pressions budgétaires ?
Une des explications tient au pilotage budgétaire précis opéré par les directions de l’environnement de travail. Les DET optimisent leurs dépenses en travaillant à la fois sur les coûts d’exploitation et sur la gestion immobilière. Les actions menées auprès des bailleurs – renégociation, adaptation des baux, meilleure allocation des surfaces – permettent de limiter les effets de l’inflation, qui elle-même a fortement diminué par rapport à 2022 et 2023. Les résultats de l’étude Buzzy Ratios 2025 montrent d’ailleurs que, malgré la hausse des prix, les DET parviennent à maintenir un équilibre entre maîtrise budgétaire, qualité de services et conditions de travail.
Les services aux collaborateurs bondissent de 32 % pour atteindre 957 € par personne. Quels types de services tirent cette progression et comment les entreprises arbitrent-elles ces dépenses ?
Depuis la crise sanitaire, les entreprises accélèrent sur les services destinés à faciliter le retour au bureau et à renforcer l’expérience collaborateur. Les offres de conciergerie, les salles de sport, la restauration repensée ou encore les espaces d’hospitalité ont connu une forte croissance. Plus récemment, dans la continuité des politiques RSE, de nouveaux services tournés vers la mobilité douce se sont développés : autopartage, locations de vélos ou de trottinettes, infrastructures dédiées… Ces investissements s’inscrivent dans une logique RH : le bureau est désormais pensé comme un lieu de lien social et de cohésion, un espace qui doit donner envie de revenir. Le baromètre montre clairement que ces services sont devenus des leviers d’engagement, au même titre que la formation ou la rémunération.
La surface moyenne par poste de travail a diminué de 35 % depuis 2009, pour s’établir à 15 m². Est-ce avant tout une logique d’optimisation des coûts ou une transformation des usages liée au travail hybride ?
La baisse des surfaces s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la généralisation du télétravail a accéléré le passage à des aménagements favorisant les open spaces, au détriment des bureaux individuels. Ensuite, les entreprises investissent dans davantage d’espaces collaboratifs pour soutenir le travail hybride et multiplier les zones de rencontre. Cette densification n’est pas seulement une logique économique : elle accompagne aussi une réinvention des usages. Les bureaux deviennent des lieux d’échanges, avec moins de surfaces « non productives » et des implantations plus efficientes.
Vous indiquez que 64 % du budget reste consacré à l’immobilier. Dans quelle mesure les entreprises parviennent-elles à rediriger une partie de ces budgets vers des services à plus forte valeur d’usage ?
Tant que le bail est en cours, les marges de manœuvre restent limitées. En revanche, chaque échéance triennale ou fin de bail constitue une opportunité pour renégocier, optimiser ou réorganiser les espaces. Ces leviers permettent de réduire le poids de l’immobilier et de dégager des marges d’investissement pour rénover les espaces, automatiser le pilotage des équipements ou renforcer les services aux collaborateurs.
Enfin, votre étude montre que les directions de l’environnement de travail travaillent désormais main dans la main avec les RH et la RSE. En quoi cette coopération modifie-t-elle la gouvernance interne des entreprises ?
Cette coopération reflète une évolution profonde : l’environnement de travail se situe désormais à la croisée des objectifs RH, RSE et immobilier. Le bien-être, les conditions de travail et l’engagement deviennent des enjeux clés autant pour attirer que pour fidéliser les talents. Les DET jouent un rôle de plus en plus stratégique, en alignant performance économique, impact social et qualité de l’expérience collaborateur. Cette transversalité renforce leur place dans la gouvernance interne et transforme les environnements professionnels en véritables leviers d’engagement durable.