En bref

L'inattendu Dessertine, des plateaux télé à la politique bordelaise

Philippe Dessertine, troisième du premier tour derrière le sortant écologiste Pierre Hurmic et le député Renaissance Thomas Cazenave, s'est imposé comme empêcheur de tourner en rond aux municipales à Bordeaux, où il espère créer la...
Philippe Dessertine, entouré de ses partisans, à Bordeaux le 4 mars 2026 © Philippe LOPEZ

Philippe Dessertine, entouré de ses partisans, à Bordeaux le 4 mars 2026 © Philippe LOPEZ

Philippe Dessertine, troisième du premier tour derrière le sortant écologiste Pierre Hurmic et le député Renaissance Thomas Cazenave, s'est imposé comme empêcheur de tourner en rond aux municipales à Bordeaux, où il espère créer la surprise jusqu'au bout pour sa première campagne.

Dimanche soir, avec 20,16% des voix selon les résultats définitifs contre 27,67% à Pierre Hurmic et 25,58% à Thomas Cazenave, il a de nouveau exclu toute alliance pour le second tour, fidèle à sa ligne.

Connu jusque-là comme expert économique sur les plateaux télévisés, il claironne depuis six mois qu'il sera le prochain maire, fort d'une "vision unique" pour la ville et d'un programme "extraordinaire" - recoupant à bien des égards celui du candidat macroniste, qu'il concurrence directement.

Ce docteur en gestion de 62 ans, "prospectiviste particulièrement brillant et inspirant" aux dires de sa page internet, avait déclaré sa candidature mi-septembre devant la presse, conviée dans une ancienne usine reconvertie en espace de coworking.

"Il y a ici tout ce que j'aime, l'énergie, l'entreprise", lançait ce natif de Rouen, père de deux filles. Qui navigue depuis trois décennies entre milieux académiques et cercles professionnels, d'après son CV détaillé sur quatre pages, et possède un château à Nérac (Lot-et-Garonne) selon le cadastre.

Costume sombre et cravate, micro à la boutonnière, gardant un œil sur le chronomètre de son téléphone, le professeur aux faux-airs du rockeur Nick Cave s'était exprimé sans notes, une habitude conservée durant la campagne.

"Cela fait des années que je me prépare", soulignait-il, alors que ses adversaires assurent ne l'avoir "jamais entendu", précédemment, dans le débat local. Contrairement à son épouse, Laurence Dessertine, longtemps membre de la majorité de l'ancien maire Alain Juppé, et coréférente départementale Horizons jusqu'à ce que son mari se lance dans la bataille municipale.

Sans étiquette

Le mari, lui, assure n'être "d'aucun parti" et mener une liste "citoyenne", quand LR l'accuse d'avoir débauché des militants et convoité son soutien une fois que le parti s'est rangé derrière Thomas Cazenave.

D'emblée, le candidat "sans étiquette" a martelé comme priorités la sécurité et la propreté qui se seraient dégradées dans la ville durant le mandat de Pierre Hurmic, entre autres décrépitudes imputées à l'écologiste. 

Son programme promet "l'ordre dans la rue", le retour de l'éclairage public la nuit et la chasse aux mauvaises herbes sur les trottoirs, mais aussi un déluge d'argent privé sur la ville que lui seul saurait "aller chercher" pour financer son développement. Il a fait mouche dans l'électorat traditionnel de la droite bordelaise, sur lequel la greffe macroniste n'a pas pris.

Le 23 février dans un théâtre bondé, seul devant ses colistiers assis et face à un parterre d'âge avancé, Philippe Dessertine fut aussi très applaudi en défendant la voiture contre la piétonnisation actuelle. Ou en fustigeant un sens unique de circulation introduit dans le quartier cossu de Caudéran, bien représenté parmi l'auditoire.

Cet électron libre, que Pierre Hurmic a eu beau jeu de ménager, s'est beaucoup montré dans ce réservoir de voix , où l'abstention engendrée par la Covid-19, en 2020, aurait permis la courte victoire de l'écologiste selon ses détracteurs. C'est dans ce quartier qu'il réunira une nouvelle fois ses soutiens lundi soir.

Jusqu'au-boutiste

Jusque-là très policé dans ses propos, l'universitaire avait changé de ton, la semaine écoulée, envers l'ex-ministre des Comptes publics, excluant toute alliance et balayant l'idée que cela ferait le jeu du sortant écologiste.

"Celui qui a perdu la ville il y a six ans s'appelle Thomas Cazenave", cinglait Philippe Dessertine, fustigeant "le quarteron d'anciens d'Alain Juppé et de Nicolas Florian (son éphémère dauphin décédé l'an dernier, NDLR) qu'il a recyclés sur sa liste".

L'attaque en a fait s'étrangler plus d'un dans le camp d'en face, qui s'interroge sur la motivation jusqu'au-boutiste du candidat en rappelant que son épouse, Laurence, fut elle-même longtemps juppéiste.

En 2020, celle-ci fit cependant les frais de l'accord passé entre Nicolas Florian et Thomas Cazenave pour le second tour : elle fut écartée de leur liste fusionnée.

Revanchards, les Dessertine ? "Je n'ose imaginer que ceci explique cela", glissait cette semaine à l'AFP une colistière du député Renaissance.