En bref

A Nice, Ciotti, allié au RN, loin devant son meilleur ennemi Estrosi

Dans le duel fratricide niçois, Eric Ciotti, allié au RN, est en ballottage favorable face à son ancien mentor le maire sortant Christian Estrosi (Horizons), qui accuse selon les premières estimations plus d'une dizaine de points de retard à l'issue...
Eric Ciotti et Christian Estrosi © JOEL SAGET

Eric Ciotti et Christian Estrosi © JOEL SAGET

Dans le duel fratricide niçois, Eric Ciotti, allié au RN, est en ballottage favorable face à son ancien mentor le maire sortant Christian Estrosi (Horizons), qui accuse selon les premières estimations plus d'une dizaine de points de retard à l'issue d'une campagne âpre qui a viré au rocambolesque.

Malgré ses appels à un barrage face à l'extrême droite dans la cinquième ville de France, le maire sortant, en lice pour un quatrième mandat et réélu avec près de 60% des voix en 2020, ne devrait pas pouvoir compter sur un éventuel retrait de la gauche.

Eclipsées par le combat fratricide des anciens piliers LR, Juliette Chesnel-Le Roux (PS-PCF-écologistes), créditée d'environ 12%, et Mireille Damiano (LFI-Viva), qui semblait manquer de peu la barre des 10%, ont maintes fois répété que les deux rivaux étaient pour elles les deux faces d'une même pièce.

Dimanche soir, le seul débat des deux listes de gauche portait sur une éventuelle fusion, prônée par Mme Damiano pendant la campagne mais pour l'instant refusée par Mme Chesnel-Le Roux, même si des contacts sont prévus lundi.

A droite, les deux frères ennemis incarnent désormais la fracture de la droite classique, Christian Estrosi ayant choisi le macronisme et Eric Ciotti l'extrême droite. Et l'enjeu de leur duel dépasse la ville de Nice à un an de l'élection présidentielle.

Dans la capitale de la Côte d'Azur, où se pressent les touristes mais où plus d'un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, M. Ciotti a cependant mis en sourdine les enjeux nationaux et les sujets marqués comme l'immigration, présentant une liste éclectique, officiellement sans étiquette.

Quand M. Estrosi accuse son ancien bras droit de vouloir utiliser Nice comme marche-pied vers un ministère voire Matignon l'an prochain en cas d'une victoire du Rassemblement national, le clan Ciotti martèle qu'après 18 ans d'un règne sans partage, la ville a besoin d'un nouvel élan. 

Bataille de France

Les Niçois "ont dit qu'ils voulaient tourner la page d'un système à bout de souffle", a réagi M. Ciotti devant ses partisans sur le port. "C'est le choix d'un rassemblement républicain pour une municipalité qui doit enfin effectuer un acte simple, mais ô combien essentiel, servir les Niçois au lieu de se servir elle-même."

Visiblement ému, M. Estrosi a longuement insisté sur son bilan avant de promettre de mettre toute son énergie dans la dernière semaine de campagne: "Toute la France nous regarde, tout le monde sait que la bataille de dimanche n'est pas que la bataille de Nice mais aussi la bataille de France, et nous la remporteront".

Une victoire d'Eric Ciotti pourrait en effet pousser nombre de LR locaux à franchir le pas à leur tour, à l'image du président du conseil départemental Charles-Anges Ginésy présent dimanche soir à ses côtés. La semaine dernière, Jordan Bardella, président du RN, avait déjà annoncé que les Alpes-Maritimes, illustraient "la recomposition de la vie politique française".

Le duel fratricide a été violent entre le maire sortant de 70 ans et le député de 60 ans qui a longtemps été son plus proche collaborateur: accusations, petites phrases, "bilan noir" de l'adversaire, transfuges d'une équipe à l'autre, vidéos désobligeantes, tweets assassins et débats télévisés tournant au "combat de coqs", selon l'expression employée sur les plateaux.

La fin de campagne a carrément viré au scénario de mauvais film quand M. Estrosi a agité un certificat médical pour faire taire des rumeurs de Parkinson ou quand il a retrouvé une tête de porc devant chez lui. Trois personnes ayant été en contact avec les équipes du maire sont actuellement en détention dans cette affaire.

Jusqu'au dernier épisode en date de cette salade niçoise: il a fallu réimprimer en urgence des dizaines de milliers de bulletins samedi pour remplacer ceux endommagés par la pluie.