Interview
Dossier formation

La Courroie  : accompagner l’orientation et l’insertion professionnelle


Alors que les entreprises peinent à recruter des profils qualifiés, les questions de l’orientation et de l’insertion professionnelle des étudiants sont au cœur des préoccupations des universités confrontées à une montée en puissance des projets de réorientation. Décryptages avec Sabine Chaupain-Guillot, maître de conférences en économie, vice-présidente de l’Université de Lorraine et présidente de la Conférence universitaire en réseau des responsables d’orientation et d’insertion des étudiants (Courroie).


© Johann Marin-Thiery- Sabine Chaupain-Guillot, maître de conférences en économie, vice-présidente de l’Université de Lorraine et présidente de la Conférence universitaire en réseau des responsables d’orientation et d’insertion des étudiants (Courroie)

© Johann Marin-Thiery- Sabine Chaupain-Guillot, maître de conférences en économie, vice-présidente de l’Université de Lorraine et présidente de la Conférence universitaire en réseau des responsables d’orientation et d’insertion des étudiants (Courroie)

Les Tablettes Lorraines: Vous avez pris récemment la présidence de la Courroie. Quel est son rôle ? 

Sabine Chaupain-Guillot  : C’est un réseau professionnel qui rassemble l’ensemble des membres des services d’orientation et d’insertion professionnelle des universités, soit 505 membres pour 70 universités. J’ai accepté d’en prendre la présidence en octobre autour d’un partage de valeurs et d»expériences mis au service des étudiants. 

Existe-t-il une continuité entre orientation des étudiants et insertion professionnelle vers des secteurs et des métiers qui recrutent ? 

Notre priorité n’est pas de remplir nos formations, ni de répondre exclusivement aux besoins du marché du travail. L’approche refuse l’adéquationnisme strict au profit du projet individuel des étudiants que nous accompagnons en leur communiquant des informations en lien avec les débouchés professionnels pour favoriser un choix éclairé. Nous avons de vrais liens avec les opérateurs de l’emploi que ce soient l’Apec ou France Travail.

Des particularités de la nouvelle génération sont-elles également à prendre en considération ?

Tout à fait. Nous avons tout un travail entre l’orientation et l’insertion professionnelle qui se développe beaucoup ces dernières années autour de la question de la réorientation. Cette tendance se poursuit après dans l’insertion professionnelle, avec les reconversions de personnes de plus en plus jeunes, selon les retours des employeurs. D’ailleurs, dans notre service, nous avons aussi un service d’accompagnement des adultes en reprise d’études ou en reconversion. Pour l’Université de Lorraine, cela représente un peu plus de 1 000 entretiens par an. Notre rôle est de les raccrocher. La réorientation n’est pas synonyme d’échec. D’ailleurs une récente note de l’Institut des politiques publiques montre que la réorientation a des effets bénéfiques au niveau macroéconomique, avec des gains salariaux ultérieurs. Nous avons ainsi mis en place, à l’Université de Lorraine, un semestre rebond.

Est-ce qu’il y a une adéquation entre l’offre de formation professionnelle et les besoins, notamment autour de la déferlante IA?

Je parlerais, plus généralement, de la formation universitaire. L’intelligence artificielle part de la recherche qui est menée dans nos universités. Le laboratoire de recherche, le LORIA, travaille sur ces questions d’IA et nous accompagne, nous, les équipes pédagogiques, pour faire évoluer nos formations afin de les transmettre à nos étudiants qui lorsqu’ils seront sur le marché du travail, seront outillés. Les étudiants ne sont pas les seuls concernés, c’est aussi le cas des collègues des services d’orientation qui bénéficient d’une formation IA. Nous sommes à la croisée des chemins. L’enjeu est de ne pas être remplacé par l’IA qui délivre des conseils très généralistes alors que nous sommes sur de l’individualisation de parcours. C’est d’ailleurs notre plus-value d’accompagner au mieux les étudiants dans ce que nous appelons « toutes les techniques de recherche d’emploi ». Très prochainement, une formation sera organisée et testée à l’Université de Lorraine.

Quel est votre sentiment face aux coupes budgétaires qui affectent la formation professionnelle et impactent d’ores et déjà l’apprentissage ? 

Ce sont les fameuses injonctions paradoxales de la part de notre ministère qui nous demande d’insérer davantage avec notamment la mise en place du Bachelor Universitaire Technologique (BUT) qui fonctionne bien avec l’apprentissage. Or, dans le même temps, nous subissons une réduction des financements. Nous allons constater fatalement un impact sur l’insertion professionnelle à l’issue des BUT alors même que l’apprentissage permet d’améliorer cette insertion professionnelle. 

Ces décisions budgétaires risquent-elles de créer une tension majeure avec un risque d’affaiblir l’insertion, de réduire la diversité sociale et de fragiliser le lien université-entreprises ?

Le risque est de perdre certains profils d’étudiants de classes modestes qui n’ont pas forcément les moyens de poursuivre leurs études sans passer par la voie de l’apprentissage. Cette décision risque de mettre en difficulté un certain nombre de formations en alternance. Est-ce que, compte tenu des bienfaits apportés par les apprentis de l’enseignement supérieur dans l’entreprise, les sociétés continueront à financer ces parcours malgré la baisse de l’aide à l’embauche ? Nous pouvons l’espérer pour certains secteurs structurés, mais pour d’autres formations où les partenariats sont plus récents et dans des secteurs plus fragilisés, la crainte de voir une baisse du nombre d’apprentis est bien réelle.

La réorientation n’est pas synonyme d’échec