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La France compte davantage de décès que de naissances

Rejoignant ses voisins européens, le pays connaît une érosion de sa natalité depuis le début des années 2000. La population, 69,1 millions d’habitants au 1er janvier, fait face aux défis du vieillissement.

La baisse de la natalité impacte les effectifs des écoles. (c) Olivier RAZEMON
La baisse de la natalité impacte les effectifs des écoles. (c) Olivier RAZEMON

La publication, le 13 janvier, du bilan démographique de l’Insee, a été abondamment commentée. Ce n’est pas surprenant. Car pour la première fois depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, la France a enregistré en 2025 moins de naissances (645 000) que de décès (651 000). Cette statistique s’inscrit dans la continuité d’une baisse de la natalité qui a commencé au début des années 2010, après le « petit baby-boom » des années 2000. « Le nombre de naissances en 2025 est inférieur de 23,6% à son niveau de 2010 », observe l’Insee dans sa note. Les statisticiens soulignent aussi que l’indicateur de fécondité « poursuit sa baisse », à 1,56 enfant par femme, en 2025, « le niveau le plus faible depuis la fin de la Première guerre mondiale ». Enfin, l’âge moyen à l’accouchement n’a cessé de s’élever au cours des vingt dernières années. Alors qu’il était établi à 29,6 ans en 2005, il atteint désormais 31,2 ans pour les femmes, tandis que les hommes ont en moyenne 34,1 ans, lors de la naissance.

La France n’en continue pas moins de gagner des habitants, en raison du solde migratoire. En soustrayant les départs des arrivées, le pays a accueilli en 2025 176 000 personnes supplémentaires, un chiffre stable. Au 1er janvier 2026, la population française s’établit, selon une donnée provisoire délivrée par l’Insee, à 69,1 millions d’habitants, soit 0,25% de plus que l’année précédente. Elle demeure le deuxième pays de l’Union européenne, avec 15 millions d’habitants de moins que l’Allemagne, et environ 10 millions de plus que l’Italie.

La transition démographique que connaît la France n’est pas isolée. La hausse de la population mondiale, qui ralentit, atteindra, selon les démographes, un pic en 2084, avec 10,3 milliards d’individus. Tous les pays européens suivent la même tendance, entamée bien plus tôt qu’en France, qui demeure le deuxième d’Europe pour l’indicateur de fécondité, derrière la Bulgarie. Même la Hongrie de Viktor Orban, qui a pris des mesures pour cantonner les femmes à la sphère familiale, et limité le droit à l’avortement, connaît une natalité basse, et le pays perd des habitants.

La mortalité infantile ne baisse plus

En France, la baisse de la natalité se conjugue à une hausse de la mortalité. Alors que jusqu’en 2015 le nombre de décès annuel demeurait relativement stable, autour de 550 000, il a atteint en quelques années le seuil des 650 000, sous l’effet, de la pandémie, des grippes saisonnières et des épisodes de canicule, mais surtout « du fait de l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby‑boom, nées entre 1946 et 1974 », rappelle l’Insee.

Le taux de mortalité infantile, qui concerne les enfants décédés avant l’âge d’un an, ne baisse plus depuis plusieurs années, après avoir reculé continûment au cours du 20ème siècle. Il se maintient autour de 4 décès pour 1 000 naissances, alors qu’il se situait à 3,5 pour mille en 2011.

Il n’en reste pas moins que l’espérance de vie continue d’augmenter, rapportent les statisticiens, au point d’« atteindre un niveau historiquement élevé ». A la naissance, les femmes peuvent espérer vivre 85,9 ans et les hommes 80,3 ans. En 20 ans, les femmes ont gagné 2,1 ans d’espérance de vie et les hommes 3,6. L’écart entre les sexes se réduit, mais demeure plus élevé que la moyenne européenne. Ainsi « l’espérance de vie des femmes est une des plus élevées de l’UE et celle des hommes est en dixième position », lit-on dans la note de l’Insee.

Enfin, plus que jamais, les unions semblent décorrélées des naissances. Ainsi, la France a enregistré 251 000 mariages en 2025, dont 7 000 de même sexe. Une hausse avait aussi été constatée en 2023 et en 2024. Les Pacs suivent la même tendance.

L’ensemble des données publiées le 13 janvier dessinent une France vieillissante, à l’unisson de ses voisins européens. La pyramide des âges figurant dans la note de l’Insee prend une forme de « champignon » et non plus d’« ogive », comme les décennies précédentes. Pour le dire autrement, les classes d’âges les plus nombreuses ont entre 15 et 60 ans, bien davantage que les plus jeunes.

En 2026, souligne l’Insee, les personnes âgées de 65 ans ou plus (22,2%) seront presque aussi nombreuses que les moins de 20 ans (22,5%). En 2006, les proportions étaient respectivement de 16,4% et 25,1%. Le vieillissement progressif du pays a des conséquences dans tous les domaines de la vie publique, à commencer par le financement des retraites, mais aussi dans la vie quotidienne. Les plus âgés, qui ne travaillent plus, sont davantage à même de choisir leur lieu de résidence, et ne se privent pas de le faire. Ainsi, l’écart se creuse entre les régions les plus dynamiques démographiquement, au sud et près des littoraux, et celles du nord-est, qui perdent des habitants. La forme des logements est appelée à évoluer, la liste des écoles qui ferment s’allongent, notamment dans les régions subissant une forte déprise. En novembre 2025, les spécialistes des transports publics consacraient pour la première fois une table ronde aux « seniors, avenir du transport collectif ».