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La géopolitique, risque numéro un pour la supply chain

Géopolitique, pénurie de matières premières et cyberattaques constituent les trois risques majeurs en matière de supply chain en 2025, d'après le cabinet KYU. D'autres phénomènes inquiètent aussi les entreprises comme la volatilité de la demande ou les aléas climatiques, de manière spécifique selon les secteurs.

Photo d'illustration. ©DR.
Photo d'illustration. ©DR.


La crise est devenue la norme. Le 15 janvier, le cabinet spécialisé KYU dévoilait la 7e édition de son baromètre consacré aux risques de la supply chain, à Paris. Constat principal, 55% des professionnels interrogés placent la géopolitique en tête des risques les plus inquiétants au terme de cette année 2025 où les tensions entre Chine et USA n'ont cessé de croître, sur fond de guerre en Ukraine et troubles au Moyen-Orient. « Il ne s'agit plus de tensions ponctuelles, mais d'une instabilité durable. Le risque géopolitique agit comme un méta risque. Il structure l'ensemble des autres risques », analyse Thibaud Moulin, associé du cabinet KYU. La liste des contraintes engendrées par le risque géopolitique est longue et variée : allongement des routes logistiques, sanctions, droits de douane, risques physiques... Parmi les sujets qui inquiètent figure par exemple, le détroit d'Ormuz, route maritime du pétrole, au cœur d'une région en tension. Et aussi Taïwan – où se concentre la production des indispensables puces , semi-conducteurs, objet possible d'une escalade sino-américaine.

De fait, la pénurie de produits ou matériaux critiques constitue le deuxième risque majeur identifié par les entreprises. En Europe, la dépendance aux minerais dont la transformation est contrôlée par la Chine constitue un véritable enjeu. « Contrairement au passé où des phénomènes de pénuries temporaires pouvaient être liés à la faillite d'un fournisseur ou à un événement climatique, nous entrons dans un monde où les pénuries deviennent cycliques ou pérennes », souligne Thibaud Moulin.

Les attaques cyber sont désignées par les entreprises comme le troisième risque le plus redoutable. Les sociétés y sont d'autant plus exposées qu'elles se sont digitalisées pour accroître leur efficacité. « Ce risque est devenu systémique. De plus,avec l'introduction massive de l'IA, il a changé de nature. Les attaques sont devenues plus ciblées, plus rapides. Les attaquants ont compris qu'il était efficace d'attaquer les PME au cœur des supply chain pour mettre à mal l'approvisionnement de grandes entreprises », décrit Thibaud Moulin.

Inflation réglementaire et des coûts

Au delà de ces trois risques, plusieurs autres menacent les supply chains, d'après les professionnels interrogés. A commencer par la volatilité de la demande qui reste à un niveau jugé élevé. « Les entreprises sont obligées de devenir plus flexibles », commente Thibaud Moulin. En particulier, l'imprévisibilité des consommateurs impose aux sociétés de faire évoluer la gestion de leurs stocks. Un autre risque est aussi redouté : la hausse des coûts. L' importance de ce risque a diminué par rapport aux années précédentes toutefois, « cela reste un sujet structurel ». Plusieurs postes de dépenses sont concernés : énergie, droits de douane, transports – avec des variations fortes selon les tensions et zones – . Et aussi, les salaires, dans des bassins de production à bas coûts (Vietnam, Mexique, Bangladesh).

La faillite des fournisseurs arrive en sixième position du palmarès des risques. A la 7e place, celui lié à la réglementation est jugé croissant par rapport à l'an dernier. « On constate une inflation réglementaire, en particulier en ce qui concerne les dispositifs douaniers », décrypte Thibaud Moulin, prenant l'exemple du MACF, Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, mis en œuvre par l'Union Européenne pour imposer un prix du carbone aux produits importés dans l'UE, entré en vigueur ce mois de janvier.

Les professionnels évoquent ensuite le manque de main d’œuvre, risque lié au vieillissement de la population et à une pénurie de ressources techniques sur des postes concernant les transition énergétique et digitale. « Dans de nombreux secteurs, cela devient critique », souligne l’expert. Les risques liés aux changements climatiques n'apparaissent qu'ensuite, en baisse. Par rapport à 2024, « cette année 2025, moins d'événements climatiques ont touché les entreprises. La tension est redescendue.Toutefois, cela reste un enjeu fort pour les entreprises. En effet, il y a fort à parier que la fréquence et l'intensité de ces événements va augmenter. Or, les supply chains ne sont pas prêtes », commente Thibaud Moulin.

Fragilités cumulées

En fonction de leurs spécificités, les secteurs d'activités sont plus ou moins sensibles aux différents risques, montre l'étude du cabinet KYU. L'aéronautique et de la défense cumulent plusieurs fragilités. Ces secteurs stratégiques sont particulièrement exposées au risque géopolitique : ils dépendent de produits et matériaux comme le titane. Or, les États usent de la maîtrise de ces ressources dans leurs rapports de force. Par ailleurs, ces industries voient leur cadence contrainte alors que les investissements européens affluent. « Elles dépendent de PME fragiles qui sont sous-capitalisées », pointe Thibaud Moulin. Le secteur de l'automobile, en transition vers le modèle électrique, subit des tensions liées aux réglementations et aux droits de douane. Et il n'a pas été épargné par le risque cyber : les trois usines connectées de Jaguar Land Rover ont fait l'objet d'une attaque au Royaume-Uni ( plus d'un mois d'arrêt).

« L'hypervolatité de la demande » est le lot du secteur de la distribution. Le phénomène, lié à des problématiques de pouvoir d'achat et assorti d'une concurrence asiatique très agressive, induit la nécessité d'une régionalisation de la supply chain, génératrice de diminution des coûts. Un autre secteur, stratégique pour les supply chains de tous les autres, fait face à de nombreux risques : la logistique. Economiquement fragile, le secteur connaît défaillances d'entreprises et pénurie de chauffeurs. Autre souci, les routes maritimes continuent d'être perturbées. Géopolitique, encore...