La justice administrative a autorisé vendredi, quelques heures avant son ouverture, la tenue d'un congrès musulman près de Paris, estimant que les troubles à l'ordre public invoqués par le préfet de police pour l'interdire n'étaient "pas établis".
"Le tribunal suspend l’interdiction de la Rencontre annuelle des musulmans de France décidée par le préfet de police", selon un communiqué du tribunal administratif de Paris, qui rappelle "que l’exercice de la liberté d’expression est une condition de la démocratie".
Le Congrès du Bourget organisé par Musulmans de France (MF) et mêlant jusqu'à lundi conférences, expositions et stands commerciaux, a ainsi pu ouvrir vendredi après-midi, au parc des expositions du Bourget.
La préfecture de police avait interdit son organisation, estimant que "dans un contexte international et national particulièrement tendu", le salon était "exposé à un important risque terroriste à l'égard de la communauté musulmane" et à une possible mobilisation de groupuscules d'ultra droite.
Mais le tribunal a estimé que les éléments versés à l’instruction "ne permettaient d’établir ni le risque de contre-rassemblements, ni que le rassemblement organisé serait spécifiquement ciblé par des organisations appartenant à la mouvance ultra-droite".
Il a aussi rejeté l'idée que le contexte nécessitait "une mobilisation exceptionnelle de moyens de police" justifiant une interdiction, "alors que les organisateurs ont mis en œuvre des mesures de sécurisation supplémentaires".
"C'est une victoire pour l’État de droit et la justice", a déclaré à l'AFP l'avocat de Musulmans de France, Sefen Guez Guez, qui a salué "une décision d'apaisement" permettant la tenue du rassemblement.
"On est satisfait, les considérations politiques qui ont dicté cette interdiction n'ont pas trompé le tribunal qui a considéré que la décision était illégale", a-t-il ajouté.
Me Guez Guez a estimé à l'audience que l'interdiction, demandée par le ministre de l'Intérieur "dans le seul but de promouvoir un projet de loi", s'inscrivait "dans un projet politique", Laurent Nuñez ayant annoncé vendredi un nouveau projet de loi de lutte contre le séparatisme complétant la précédente loi de 2021.
Pleinement confiance
La 40e édition devrait marquer le grand retour du Congrès du Bourget après sept années d'absence, en raison notamment du Covid et des difficultés rencontrées par Musulmans de France, fédération d'associations musulmanes ayant succédé en 2017 à l'Union des organisations islamiques de France (UOIF).
Le Congrès du Bourget avait, selon les organisateurs, attiré jusqu'à 170.000 personnes en 2013. Sa fréquentation a depuis décliné.
Le représentant de la préfecture de police a fait valoir à l'audience que l'événement avait généré 1.700 réservations et que 4.000 personnes supplémentaires étaient attendues par jour. "Ce n'est pas un arrêté anti-musulmans, anti-islam", selon lui.
L'annonce de l'interdiction avait fait réagir à gauche, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure dénonçant un "deux poids deux mesures" et la députée LFI Mathilde Panot un "scandale".
Pour le représentant de la préfecture, "le seul but est de prévenir les troubles à l'ordre public", et un tel événement nécessiterait 200 effectifs de CRS. Or les forces de police seront déjà mobilisées samedi par un rassemblement en soutien au nouveau maire de Saint-Denis visé par des propos polémiques, a-t-il fait valoir.
Le congrès du Bourget devrait rassembler auteurs, imams, philosophes, historiens, universitaires, conférenciers et entrepreneurs.
Il est programmé sur fond d'inquiétudes de la communauté musulmane, forte de cinq à six millions de personnes, et qui a vu les actes antimusulmans bondir de 88% en 2025.
Il intervient également quelques semaines après un rapport très décrié sur l'islamisme politique où Musulmans de France est présenté comme "la branche nationale" des Frères musulmans en France, ce qu'ils contestent régulièrement.
Sur place, les exposants ont fini vendredi après-midi d’installer leur stand avec un soulagement palpable: "Si le salon se tient aujourd’hui c’est que nous avons pleinement confiance en les autorités pour assurer notre sécurité et celle du public", a indiqué à l'AFP Nassima Bouheraoua, 38 ans, devant son étal d’huile d’olives et conserves d’épicerie fine.