En bref

La logistique de l'humanitaire en difficulté

 Pas d'action humanitaire sans logisticiens. Au salon SITL, rencontre avec ces acteurs de l'ombre qui doivent s'adapter à des besoins grandissants, alors que les moyens diminuent.

© Anne DAUBREE

© Anne DAUBREE

Dans l'humanitaire comme ailleurs, l'indispensable logistique n’apparaît pas nécessairement. Sauf au SITL, Salon international du transport et de la logistique, qui s'est tenu à Villepinte, fin mars. Un petit espace y était partagé par quelques associations parmi lesquelles Aviation sans Frontières. Depuis 45 ans, « nous aidons ceux qui aident », résume Édouard Gonnu, représentant de l'association (une douzaine de salariés, 900 bénévoles). « Ceux qui aident », ce sont, par exemple, Mécénat Chirurgie Cardiaque, la Chaîne de l'Espoir, associations qui permettent à des enfants des pays en développement malades d'être opérés en France. « Nous organisons le transport de ces enfants ; il peut s'agir d'un bébé de dix mois sous respirateur », explique Édouard Gonnu. Parmi ses autres missions, l'association assure aussi l'acheminement de colis de consommables médicaux (60 tonnes par an). « Nous disposons d'un entrepôt à Roissy et nous avons des accords avec des grossistes qui nous donnent ces produits. Nous les packageons et envoyons par paquets d'une centaine de kg grâce à Air France, avec qui nous avons un partenariat. Nous desservons une quinzaine de destinations, souvent en Afrique francophone », décrit Édouard Gonnu.

A quelques pas du stand d'Aviation sans frontières, celui d'ADN, Agence du don en nature, une autre association ( 25 salariés). Depuis 2008, ADN joue les intermédiaires entre les fournisseurs d'invendus- non alimentaires- et ceux qui les distribuent en France. Produit d'hygiène et d'entretien, literie... « Nous traitons 9 millions de produits chaque année. Nous les stockons, nous les trions, les reconditionnons et les mettons en ligne sur un catalogue accessible à nos 1 400 partenaires, des épiceries solidaires, des CCAS, des centres d'hébergements....Puis, nous leur livrons », explique Jessica Masson, responsable communication et mécénat, chez ADN Le processus se veut vertueux de bout en bout : l'association travaille avec des ESAT, établissements ou services d'aide pour le travail, pour le tri et le reconditionnement. Par ailleurs, « l'an dernier, avec le soutien du Crédit municipal de Paris, nous avons fait une expérimentation avec l'association Carton plein pour effectuer les livraisons dans l'Est de Paris et en Seine-Saint-Denis avec des vélos », poursuit Jessica Masson. Déjà, 20% du flux de marchandises géré par l'association passe par le fret ferroviaire. « nous essayons de montrer que c'est possible », conclut Jessica Masson.

Efficacité logistique croissante, moyens en baisse

L'indispensable logistique de l'humanitaire reflète les crises de la société et elle les subit. Les initiatives et le quotidien de ses acteurs signalent une précarité grandissante dans la société . Ainsi, « nos partenaires accompagnent de plus en plus de personnes. Trois fois par an, nous réalisons une opération où nous ne leur faisons pas payer du tout les frais de port. Certains associations ne commandent qu'à ce moment là », constate Jessica Masson. Depuis 2023, en Auvergne-Rhône-Alpes, ADN a mis sur pied une opération avec d'autres associations pour faire face à l'accroissement de la précarité des populations : une « plateforme des solidarités » qui permet de mutualiser leurs capacités logistiques, gagnant ainsi en efficacité. C'est la seule voie.

Au regard des besoins qui augmentent, les associations de l'humanitaire ont de plus en plus de mal à trouver des financements. Ainsi, Aviation sans frontières exploitait jusqu'à trois avions de transport dans le cadre d’un programme avec l’ONU qui compensait les heures de vol. Elle a du y renoncer, en raison d'une baisse de subventions de l'ONU. En février 2025, en effet, Donald Trump a provoqué un véritable cataclysme dans l'aide au développement mondial, en annonçant la coupe drastique des fonds de l'USAID, plus gros contributeur mondial. Action contre la faim, par exemple, prévenait être « forcée d'arrêter plus de 50 projets, dans 20 pays différents venant en aide à des centaines de milliers de personnes et d'enfants ». Depuis 2012, l'association est soutenue à divers titres par la Fondation CMA-CGM, armateur. Sur le salon SITL, celle-ci a posté des conteneurs siglés « PharmaBox », adaptés pour répondre aux besoins d'Action contre la faim : ils ont été transformés en pharmacie mobile, apte à stocker des produits contre la malnutrition, dans des zones géographiques chaudes et humides. Ils sont équipés de climatisation, de dispositifs de déshumidification, et rendu autonomes ( notamment, grâce à des panneaux solaires pour produire de l'énergie). Une dizaine d'entre eux sont opérationnels ou en voie d' être livrés. Une solution logistique efficace, à condition que l'association dispose des moyens de remplir les « PharmaBox », de produits contre la malnutrition…