En bref

La place de l'IA dans la santé en conférence à Amiens

Dans le cadre des «Mardis de la santé», le 3 mars à Amiens, s'est déroulée une conférence intitulée «Intelligence artificielle : une alliée pour la santé ?». L’occasion d’évoquer le traitement des données médicales et les progrès permis par l’IA en imagerie et en radiologie.

Consacrée comme un domaine de recherche à part entière en 1956 lors de la conférence de Dartmouth, l’intelligence artificielle a fait une entrée fracassante dans la sphère médicale depuis moins de 5 ans. Pour comprendre l’intérêt et le cadre d’usage de cette nouvelle technologie, une conférence intitulée «Intelligence artificielle : une alliée pour la santé ?» était organisée le 3 mars à Amiens dans le cadre des «Mardis de la santé».

«L’IA se déploie plus vite que la compréhension de ses effets», observe Nicolas Grondin, chef de projets cadrage et innovation au GRADeS Inéa – santé numérique Hauts-de-France. Pour utiliser cet outil en toute sécurité, l’Union européenne et la France ont mis en place un cadre réglementaire très strict. Il s'agit, à la fois, de protéger les données utilisées et de réguler l'utilisation de l'IA. «Avant l’IA, l’imagerie médicale fonctionnait très bien. Mais avec l’IA, nous pouvons faire beaucoup mieux», souligne le docteur Antoine Girard, médecin nucléaire au CHU d’Amiens.

Une réalité qui semble s’appliquer à de nombreux domaines médicaux : de plus en plus de solutions sont développées par des start-ups pour accompagner les professionnels de santé, notamment dans l’établissement d’un diagnostic plus fiable. «Ces solutions ne sont pas là pour nous remplacer. Ce sont des aides à la décision. Les médecins seront encore là pour très longtemps», assure de son côté le docteur Thierry Yzet, radiologue et chef du pôle imagerie au CHU d’Amiens.

Pas d’IA sans données

Élément essentiel au fonctionnement de l’intelligence artificielle : la data. «Les données personnelles de santé sont les éléments relatifs à la santé physique ou mentale, passés, présents ou futurs, d’une personne», résume Nicolas Grondin. Particulièrement importantes pour le suivi et le traitement du patient, les données de santé sont aussi un objet à haut risque. «La sécurité de toutes ces informations est un enjeu majeur. Dans le cadre d’une utilisation médicale, tout est très encadré : elles suivent un chemin sécurisé et ne sont stockées que sur des serveurs français ou européens», rassure Nicolas Grondin.

Pour lui, il est par ailleurs absolument nécessaire d’avoir recours à plusieurs intelligences artificielles dans lesquelles on peut avoir confiance, en tant que patient mais aussi en tant que citoyen. «Il n’est pas question d’utiliser des outils généralistes de type Chat-GPT : nous sommes sur des IA spécialisées, dont la fiabilité est cliniquement validée», précise-t-il.

Des progrès remarquables

Pour illustrer l’utilité de l’IA en santé, Antoine Girard a évoqué le cas de l’imagerie médicale. «Une IA peut être entraînée pour détecter des anomalies dans certaines régions complexes, par exemple. Elle peut aussi être d’une grande aide pour les médecins fatigués : la nuit, le risque d’erreur est deux fois plus élevé», souligne-t-il. Autre atout : l’optimisation des examens, entraîne, de fait, des économies conséquentes.

«C’est aussi un très bon outil pour détecter davantage de choses, comme les luxations ou les épanchements, pas uniquement les fractures. Cela permet également de voir les patients les plus urgents en priorité», complète Thierry Yzet, pour qui la relation humaine reste primordiale. L’IA pose de nombreuses questions éthiques estime-t-il. «Il faut faire attention aux biais, à ne pas déshumaniser la médecine et à bien sélectionner les outils proposés. Mais, de façon globale, c’est un objet vraiment très intéressant dont la marge de progression est encore énorme» conclut-il.