Portrait

Lagarde Meregnani : Une nouvelle ligne d’horizon

Avec son plan Horizon 2030, le Groupe Lagarde Meregnani de Maxéville entre dans un nouveau cycle de son développement. Dans un contexte plus que mouvementé pour le Bâtiment, Arnaud Tisserand, le pilote de l’entreprise et aujourd’hui président de la Fédération du BTP de Meurthe-et-Moselle, sait que la notion de perspectives est plus que vitale.


Le grand escalier en bois, large et massif, évoque l’intérieur d’un paquebot solide apte à essuyer toutes les tempêtes. À l’instar des autres flottes du secteur du Bâtiment, il navigue aujourd’hui dans une mer conjoncturelle plus qu’agitée. 

Dans ces temps incertains, la notion de cap prend alors toute son importance, reste à avoir la bonne boussole et les reins solides pour mener à bien le navire. Arnaud Tisserand, le président du Groupe Lagarde Meregnani, fleuron régional plus que centenaire (créée en 1907 par Auguste Lagarde) ne le sait que trop bien. 

«Il faut toujours avoir un projet d’avance surtout par mauvais temps !». Au siège social de son entreprise générale de second œuvre sur le site Saint-Jacques de Maxéville, celui qui en a repris les rênes en 2015, après une période de transmission réfléchie, préparée et adaptée durant plus de dix ans avec sa mère Sylvie Petiot et son beau-père Serge Petiot, s’appuie sur un nouveau plan, présenté récemment à ses troupes (250 collaborateurs pour un CA de 60 millions d’euros). Nom de code : Horizon 2030, «et au-delà». 

Un nouveau cycle en phase avec les évolutions sociétales et une réponse aux aspirations et urgences du moment. Une suite logique. L’an passé, l’entreprise fait paraître son premier rapport de développement durable. «La mise en place d’une stratégie RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) a été une première étape»

La société reçoit en la matière la médaille de Bronze d’ÉcoVadis, l’un des principaux organismes internationaux de notation RSE. 

«Cette démarche permet de formaliser les engagements pris depuis plusieurs années en matière de respect de l’environnement, d’éthique et d’impacts sociaux. C’est une démarche de progrès mais beaucoup de chemin reste à parcourir».


En quête de visibilité


Un ADN couché sur le papier où les valeurs de l’entreprise, basées sur l’humain, la transparence et un certain bon sens, s’affichent comme les lignes directrices à suivre, histoire de conserver sa singularité tout en s’adaptant à un marché en mouvement perpétuel. 

«Les inquiétudes et la morosité ambiante ne sont pas à cacher, c’est une réalité ! Bon nombre d’entreprises du secteur vivent sur leurs acquis et sur les commandes passées, le tout avec une absence totale de visibilité», constate celui qui a pris la présidence, il y a maintenant six mois, de la Fédération du BTP de Meurthe-et-Moselle en succédant à Alban Vibrac, pilote de la menuiserie éponyme à Bois-de-Haye. À la jeune cinquantaine, «je me suis dit qu’il était peut-être temps de donner ce que j’ai acquis à la profession»

Pas du genre à être un syndicaliste revendicatif, plutôt force tranquille et partageuse, Arnaud Tisserand entend à ce poste (que sa mère Sylvie Petiot a occupé également en son temps : NDLR), faire entendre la voix des professionnels du Bâtiment et «batailler» pour faire, toujours et encore, reconnaître l’importance quasi vitale du secteur, le tout «en renforçant le collectif, en accentuant l’attractivité auprès des jeunes et surtout en anticipant les mutations en marche aussi bien d’un point de vue digital, qu’environnemental pour transformer ces défis en opportunités», comme il l’assurait en octobre dernier à l’occasion de l’assemblée générale de sa fédération. 

Le Bâtiment, Arnaud Tisserand a appris à l’apprécier au fil du temps avec cette force «de l’humain, cette franchise parfois un peu brute, où l’on se dit réellement les choses, que l’on retrouve dans très peu de secteurs aujourd’hui»

Il faut toujours avoir un projet d’avance surtout par mauvais temps 

Une affaire de famille. Il entre dans l’entreprise en 1998 et y développe notamment le premier site Internet. «À la base, je n’avais pas pour vocation d’entrer dans le Bâtiment, je voulais être journaliste», explique ce titulaire d’une maîtrise en Histoire romaine obtenue à la faculté de Nancy avant de tenter le concours de l’École supérieure de journalisme de Strasbourg. Il passe par l’École supérieure des jeunes dirigeants du bâtiment (ESJDB) et se forge, pas à pas aux côtés de ses parents.

La reprise est presque naturelle mais savamment préparée. Arnaud Tisserand s’appuie sur une équipe de six autres associés (dont cinq cadres de l’entreprise). Un schéma quasi identique à celui opéré par le couple Petiot, en 1986, lors de la succession à Bernard Meregnani (ancien métreur de l’entreprise auquel le fondateur confie l’entreprise en 1954). 

Une poursuite d’une société familiale ancrée sur son territoire (et pour son territoire) que l’actuel pilote entend perpétuer dans les années à venir en prévoyant «l’intégration de nouveaux actionnaires», en interne. «Nous sommes aujourd’hui entre la PME et l’ETI (Entreprise de taille intermédiaire), il est nécessaire de l’envisager».

 Le tout dans un contexte général où le vieil adage «quand le bâtiment va tout va» peut paraître obsolète, voire anachronique pour certains.


Urgence sur le logement


Pas pour Arnaud Tisserand, «c’est encore une réalité. Nos activités ne sont pas délocalisables mais, aujourd’hui, ce qu’il nous faut le plus, c’est de la visibilité et de la stabilité. Deux notions indispensables pour continuer à se projeter»

Crise sanitaire, guerre en Ukraine, boom des coûts énergétiques, instabilité politique nationale pénalisante et désormais la guerre en Iran aux conséquences certaines, sans parler du fiasco et des péripéties incessantes de Ma PrimeRénov...

  «Nous en sommes à la quinzième ou seizième réforme, bon nombre d’entreprises ont investi dans la formation, les hommes, les compétences en matière de rénovation énergétique et tout est sans cesse remis en cause»

Les coups durs s’accumulent et la boussole directrice a du mal à retrouver le nord. Les dommages collatéraux sont palpables et cela devrait continuer. 

«Il y a une légère reprise et certaines évolutions législatives, comme le statut de bailleur privé, mais nos décideurs politiques doivent prendre réellement conscience de l’urgence et de l’importance de la question du logement»

Et par conséquence de l’acte de construire, rénover et réhabiliter un parc existant tout en tenant compte de la nécessaire sobriété foncière sans tomber dans certains excès qu’elle peut engendrer. Une équation à plusieurs inconnues où le Bâtiment ne veut pas être réduit à une simple valeur d’ajustement. 

«Les besoins en logement sont bien présents. Au niveau national, entre 400 et 450 000 logements par an seront nécessaires au cours de la prochaine décennie». Le thème a d’ailleurs été l’un des enjeux des dernières élections municipales. La Fédération du BTP de Meurthe-et-Moselle a notamment organisé, avant le premier tour, avec sa consœur des promoteurs immobiliers du Grand Est, une table ronde sur le sujet réunissant les principaux candidats à la Mairie de Nancy. 

Reste que l’histoire est un éternel recommencement et, avec l’échéance de la Présidentielle l’an prochain, «les appels d’offres publics et privés vont de nouveau être en baisse dans les six mois à venir»

Une nouvelle (énième) période de latence semble se profiler. Dans ce contexte, indispensable de «continuer à se muscler», histoire de faire face. La feuille de route Horizon 2030 du Groupe Lagarde Meregnani le prévoit. «Nous avons deux nouvelles croissances externes en vue, soit sur un territoire ciblé ou en matière de nouvelles compétences»

L’an passé, les Vosgiens de Balland Carrelage passent dans le giron du groupe maxévillois lui permettant de renforcer son positionnement sur le marché des carrelages et faïences et de s’ancrer durablement dans les Vosges. 

En 2019, le groupe rachetait Technisol à Paris (devenue Lagarde Meregnagni Paris) et s’ouvrait les marchés franciliens. Une politique de croissance externe «non frénétique mais réfléchie et à l’écoute des opportunités»

Le Groupe Lagarde Meregnagni affiche aujourd’hui sept sites dans le Grand Est (Épernay avec Quatrevaux, Troyes avec Charrier, Metz avec Debra, Reims, Nancy, Épinal et Paris). 

À l’horizon 2030, il entend atteindre les 100 millions de CA. Reste à dégager l’horizon…


Croissances externes en vue     

Deux ! C’est le nombre de nouvelles croissances externes que le Groupe Lagarde Meregnani prévoit de réaliser dans les années à venir dans le cadre de son plan Horizon 2030. Une stratégie de renforcement sur des territoires ou dans de nouvelles compétences. L’an passé, le groupe a acquis les Vosgiens de chez Balland Carrelage.