Les études se suivent et se ressemblent. Et selon les données chiffrées, la reconversion professionnelle n’est ni une mode, ni même un épiphénomène, mais plutôt une tendance qui s’accentue, touche toutes les catégories de personnes dont majoritairement des jeunes de moins de trente ans. D’ailleurs, une enquête récente réalisée par Flashs pour Swapn affirme que 57% des salariés interrogés expriment une volonté de changement en 2026. Dans le détail, 23% des sondés indiquent vouloir se reconvertir vers un autre métier, 22% déclarent leur ambition de créer leur activité, quand 9% font part de leur intention de quitter leur emploi pour se lancer à leur compte. Mais pourquoi ? Chercher des conditions de travail plus favorables, bénéficier d’une plus grande liberté, donner de la valeur et du sens au travail, atteindre un bien-être mental, casser la routine, valider les compétences sont autant de raisons évoquées alors que le mal-être au travail est identifié comme le facteur déterminant de ces envies de changement professionnel. Plus les conditions de travail se dégradent, plus le stress lié à son emploi est élevé et plus les envies de reconversion sont fortes, selon les experts. Une analyse à mettre en perspective avec l’étude Malakoff Humanis datant de 2025 qui démontrait que 42% des salariés ont au moins été une fois en arrêt maladie en 2024. Un chiffre qui atteint des sommets, soit 49%, pour les moins de 30 ans.
Des coachs ou des experts ?
Si la volonté de changement semble s’inscrire dans le temps, reste à identifier un nouveau projet professionnel. C’est à ce moment précis que l’accompagnement devient un vrai business avec une promesse : trouver LA réponse face à la fameuse interrogation : «quel métier est fait pour moi ?». Si le coaching est désormais de plus en plus pointé du doigt à une époque où n’importe qui, sans expérience, peut s’improviser spécialiste, le traditionnel bilan de compétences demeure un des outils largement utilisés pour favoriser la prise de recul. L’enjeu est de déterminer les qualités transférables vers une nouvelle voie. Du conseil en évolution professionnelle (CEP) gratuit à la consultation de coaching personnalisé payant, il n’y a toutefois qu’un pas. Face à l’exposition des demandes de reconversion, certains ont décidé de profiter de ce marché en pleine essor. C’est le cas de plusieurs start-ups ou de sociétés spécialisées qui surfent sur la vague après avoir mis au point des outils pour accompagner les candidats. Depuis 2019, le Droit du travail permet à un salarié de disposer d’un congé pour se former à un nouveau métier, tout en conservant sa rémunération. Baptisé Projet de transition professionnelle (PTP), ce dispositif est utilisé avec la volonté de «retrouver du sens dans son travail, de mieux articuler vie professionnelle et vie privée, de gagner un meilleur salaire», explique un spécialiste. Une étude menée en 2024 par l’Observatoire des transitions professionnelles dresse un constat clair : 94% des candidats ont obtenu le titre ou diplôme visé quand 94% ont réalisé leur projet ou poursuivent leur reconversion et que 9% créent leur entreprise.
Se reconvertir, une voie vers l’entrepreneuriat
C’est l’autre enseignement de cette envie de changement. Pour beaucoup de salariés, ce moment est l’occasion de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Depuis 2023, un stand dédié à la démission-reconversion a intégré le Salon Destination Créa organisé une fois par an, sur un site unique, pour répondre à la demande des visiteurs. «Si la tendance n’est pas nouvelle, elle se confirme», analyse Pierre-Étienne Pichon, le directeur territorial Meuse de la chambre de métiers et de l’artisanat Grand Est, faisant référence à ces salariés qui décident de créer à la suite d’une rupture conventionnelle ; un dispositif au succès grandissant qui a un coût pour les finances publiques et donc dans le viseur du Gouvernement en raison «des abus». L’accès à ce dispositif pourrait-il se durcir ? Cette décision pourrait-elle impacter la dynamique de créations d’entreprise ? «Si de plus en plus de créateurs sont des salariés en reconversion qui ont bénéficié d’une rupture conventionnelle et donc de l’allocation chômage, d’autres dispositifs dont la démission-reconversion existe», philosophe un spécialiste de la création. Des propos rassurants pour tous ceux qui rêvent de devenir leur propre patron. Des vocations plus ou moins tardives qui se révèlent au moment de la reconversion.
Se former, c’est toujours mieux
S’il est possible de se réorienter vers un métier en tension sans se former, est-ce le fait d’avoir suivi une formation, longue, qui plus est, est-elle un atout ? Pour répondre à cette question, un testing a été réalisé par des chercheurs pour le compte de la Dares. Ces auteurs concluent qu’« une formation longue favorise la reconversion professionnelle sauf pour les métiers pénibles».
Rapport d’études : « Effet de la formation professionnelle sur la demande de travail des entreprises pour des candidats en reconversion ».