Interview
BTP

Le cri du cœur du BTP de la Meuse

Alors que les entreprises de bâtiment et des travaux publics de la Meuse subissent de plein fouet les augmentations des prix du carburant et des matériaux, son président, Mickaël Laurent, alerte sur la fragilité de tout un secteur en souffrance qui menace de s’écrouler.

© Fédération BTP 55-  Mickaël Laurent, le président de la Fédération du BTP 55 alerte sur la fragilité de tout un secteur en souffrance

© Fédération BTP 55- Mickaël Laurent, le président de la Fédération du BTP 55 alerte sur la fragilité de tout un secteur en souffrance

Les Tablettes Lorraines : Lors de votre assemblée générale en décembre dernier, vous évoquiez les 17 000 procédures judiciaires recensées en France dans le BTP, mais vous ajoutiez que malgré la récession, la Meuse résistait encore. Est-ce encore le cas ?

Mickaël Laurent : Depuis quelques années, nous avons successivement subi beaucoup de crises, mais à force de faire preuve de résilience, nous ne pouvons plus tout assumer. Nous avons des entreprises en Meuse qui ont déposé le bilan, je pense tout récemment à Tonnes, bien connue des Meusiens avec presque 50 emplois qui disparaissent. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une crise rapide et violente. Si l’envolée des prix du carburant est un indice qui se voit, nous devons faire face dans le même temps à la hausse du prix des matériaux. Nous sommes sur une accumulation et une continuité de phénomènes financiers subis avec aucune mesure de rattrapage. Nous n’avons pas le choix de travailler, d’accepter de payer les fournisseurs et les matières premières plus chères, quitte à perdre de l’argent.

Aujourd’hui les caisses de l’État sont vides, qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?

Nous n’attendons pas de subvention sur le litre de gasoil, mais nous demandons des marchés qui feront travailler nos entreprises du bâtiment et de travaux publics. Les élections municipales sont passées et les présidents des intercommunalités sont désormais en place. Je trouve aberrant qu’à l’heure où des classes ferment en Meuse, où la démographie est en berne, les collectivités ne lancent pas des projets structurants. Si les élus souhaitent garder de la population et des emplois, elles vont devoir aussi s’engager. De nombreuses entreprises, et pas forcément les plus grosses font 80% de leur chiffre d’affaires hors du département et multiplient les kilomètres avec le prix à la pompe qui s’envole, elles vont être inévitablement impactées.

Pensez-vous que les élus et les pouvoirs publics aient conscience de la réalité de la situation économique du secteur ?

Non, il n’y a pas de prise de conscience. Beaucoup pensent que nos entreprises peuvent tout traverser et résister. Peut-être avons-nous d’ailleurs une part de responsabilité à force de dire que nous n’allions pas bien, par le passé. Tout ce que je peux dire c’est qu’actuellement de nombreuses entreprises sont en souffrance, dans une situation économique très compliquée avec quelles conséquences demain ? Certaines vont disparaître, d’autres vont licencier. De plus en plus vont s’interroger avant de recruter et de former. Je suis très inquiet parce que nous avons perdu de nombreuses entreprises et de nombreuses compétences ces dernières années et que cette tendance va se poursuivre.