En bref

"Le mandat de trop"? À Brest, l’usure du maire menace la majorité de gauche

À Brest, la gauche unie, du PS à LFI, tente d'empêcher le basculement de la ville à droite, arrivée en tête par surprise dimanche dernier. Mais l'usure du maire, au...
Stéphane Roudaut, candidat de droite aux municipales à Brest, le 17 mars 2026 à Brest © Fred TANNEAU

Stéphane Roudaut, candidat de droite aux municipales à Brest, le 17 mars 2026 à Brest © Fred TANNEAU

À Brest, la gauche unie, du PS à LFI, tente d'empêcher le basculement de la ville à droite, arrivée en tête par surprise dimanche dernier. Mais l'usure du maire, au pouvoir depuis 2001, rebute beaucoup d'électeurs. 

"Le 5e mandat, c'est pas possible!", râle Michelle, 75 ans, retraitée énergique aux lunettes rouges et pull rose, sous la halle du marché de Kérinou, un quartier proche du centre-ville. 

Dimanche dernier, comme beaucoup d'électeurs de gauche, cette ancienne fonctionnaire n'a pas voté pour le maire socialiste sortant François Cuillandre, candidat à un cinquième mandat.

L'édile de 71 ans, qui avait promis de ne pas se représenter, n'a récolté que 23,8% des suffrages, arrivant derrière le candidat de droite Stéphane Roudaut (30,2%), dans cette ville gérée par le Parti socialiste depuis 1989.

Élu depuis 37 ans, adjoint au maire dès 1995, M. Cuillandre est connu pour son caractère bourru, traversant souvent les marchés de Brest le visage fermé, sans adresser un bonjour à ses administrés.

Craignant de se faire balayer à la tête de la deuxième ville bretonne (140.000 habitants), l'élu s'est finalement résolu lundi à une "fusion technique" avec la liste LFI, conduite par Cécile Beaudouin, 33 ans, arrivée en troisième position avec 15,4% des voix.

- "Alliance opportuniste"-

"Un accord de la honte et du déshonneur, un alliance totalement opportuniste", tacle M. Roudaut, qui rappelle que M. Cuillandre, un proche de François Hollande, a toujours été opposé aux accords électoraux avec LFI. 

Les Brestois se souviennent de cette vidéo amateur, tournée en juin 2022, dans laquelle le maire arrachait les affiches de campagne du candidat insoumis Pierre-Yves Cadalen. Élu député en 2024, ce dernier figure aujourd'hui en position éligible sur la liste de la "gauche unie".

"Je suis dégoûtée, atterrée... Je ne veux pas de LFI!", lâche Michelle, entre deux étals de légumes, tout en annonçant qu'elle votera quand même pour M. Cuillandre, par rejet de la droite. "Entre deux maux, je choisis le moindre", dit-elle.

Approuvé par les électeurs LFI, la fusion "technique" est souvent mal perçue par un électorat plus modéré. "Cet accord, c'est une connerie", tance ainsi une quadragénaire à lunettes et pull marin, avant de filer acheter des poireaux.

"Les insoumis sont dans l'opposition systématique", abonde Yolande Schneider, 68 ans, qui aurait préféré une autre tête de liste que le maire sortant. 

"C'est le mandat de trop. Ça a été un bon maire mais, à un moment donné, il faut trouver une nouvelle dynamique", estime cette ancienne directrice de service à la mairie.

Cette critique du "mandat de trop", "on l'entend tous les jours", admet Yohann Nédélec, adjoint de M. Cuillandre, un paquet de tracts à la main. 

Dauphin pressenti du maire sortant, ce quadragénaire affable avait jeté l'éponge à l'automne, face à la volonté du "Menhir" de rempiler. Sur le marché, plusieurs Brestois viennent lui dire leur regret qu'il ne soit pas tête de liste.

M. Nédélec tente de les convaincre de voter pour le maire sortant, dont il est colistier. "Maintenant, c'est binaire: vous voulez une ville à droite ou à gauche?", interroge-t-il.

-Besoin de renouvellement-

Un argumentaire qui ne convainc pas Guy Chuiton, retraité des télécoms de 73 ans, casque de vélo à la main, qui a opté pour une liste divers gauche au premier tour et votera "tout sauf Cuillandre" au deuxième. 

"Quand un système politique est installé depuis 25 ans, c'est malsain", dit-il. "C'est pas mauvais qu'il y ait un petit renouvellement."

Un état d'esprit dont espère profiter M. Roudaut, 48 ans, qui assure rencontrer "énormément d'électeurs de gauche, de sociaux-démocrates, qui vont voter pour nous".

Cet ancien chiraquien, partisan d'une "droite sociale", entend déjouer une arithmétique électorale qui lui est défavorable, alors que le RN (11,1%) sera présent au deuxième tour pour la première fois dans l'histoire de la ville.

"L'arithmétique me donnait, au mois de septembre, à 18% derrière Cuillandre, dans un sondage", rappelle-t-il, ajoutant: "on est la seule liste en dynamique aujourd'hui".