En bref

Le meurtrier d'un octogénaire juif condamné à 18 ans de prison

Un homme de 55 ans a été condamné jeudi à 18 ans de prison pour avoir tué un octogénaire juif en le défenestrant en 2022 à Lyon. Le...
Vingt ans de prison ont été requis jeudi contre un homme de 55 ans pour le meurtre d'un octogénaire juif, qu'il a défenestré en 2022 à Lyon, mais le mobile antisémite n'a pas été retenu par l'avocate générale © DAMIEN MEYER

Vingt ans de prison ont été requis jeudi contre un homme de 55 ans pour le meurtre d'un octogénaire juif, qu'il a défenestré en 2022 à Lyon, mais le mobile antisémite n'a pas été retenu par l'avocate générale © DAMIEN MEYER

Un homme de 55 ans a été condamné jeudi à 18 ans de prison pour avoir tué un octogénaire juif en le défenestrant en 2022 à Lyon. Le mobile antisémite n'a pas été retenu.

La question de la circonstance aggravante de meurtre "commis en raison de la religion de la victime" a été au cœur des trois jours de procès devant la cour d'assises du Rhône.

Les jurés ont, comme l'avocate générale, finalement écarté cette piste que Rachid Kheniche avait vivement niée pendant toute la procédure et le procès. 

Conformément aux expertises psychiatriques, et tenant compte de "difficultés psychiques", les jurés ont estimé que son discernement était altéré au moment du meurtre, ce qui atténue sa responsabilité pénale.

La cour a aussi "tenu compte des circonstances terribles" de "ce crime qui a consisté à jeter un homme encore en vie du 17e étage", a dit la présidente de la cour.

Ils ont prononcé une peine de 18 ans de prison, avec une période de sûreté des deux tiers, et six ans de suivi socio-judiciaire. L'avocate générale Amélie Cladière avait requis 20 ans d'emprisonnement. 

Rachid Kheniche a reconnu avoir tué son voisin et ami René Hadjadj, 89 ans, en le jetant de son balcon, assurant avoir eu "un coup de nerfs" après une dispute pour un motif obscur. Il a en revanche toujours nié être antisémite malgré des propos litigieux tenus sur les réseaux sociaux.

"Il tenait à ce qu'on reconnaisse après toutes ces années qu'il n'y a jamais eu de motivation antisémite et que son discernement était altéré. On a été entendu", a réagi l'avocate de la défense Me Océane Pilloix.

Les conseils des parties civiles ont de leur côté exprimé leur "tristesse" quant au verdict, estimant que l'accusation les avait "lâchés".

"Nous n'avons pas tenté de démontrer que c'était un mobile antisémite, parce que nous n'avons pas à le démontrer. Nous avons simplement à démontrer, pour la circonstance aggravante, que le fait que sa victime ait été juive était un élément déterminant", a souligne Me Alain Jakubowicz, conseil de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) et du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). "Nous soutenons que oui".

La décision "est à l'image de notre société. Elle est à l'image tout simplement de la manière dont la France traite le fléau de l'antisémitisme", a déploré Me Muriel Ouaknine-Melki, conseil de membres de la famille de la victime.

Trouble de la personnalité

Pour retenir la circonstance aggravante, "la loi nous demande de repérer des faits" qui se sont produits "dans le même temps que le crime commis", a expliqué dans son réquisitoire l'avocate générale. 

Cela écarte donc notamment des tweets de l'accusé datant de 2020 sur lesquels la cour s'était longuement penchée, et où l'accusé parlait de "sayanim", terme complotiste utilisé pour désigner un agent dormant du Mossad.

Juste après avoir fait basculer M. Hadjadj dans le vide, M. Kheniche a pris des photos d'identité et un texte en hébreu trouvés dans la veste de sa victime et les a découpés. "Si dans le même temps il avait mis à la poubelle la Torah et les autres objets et attributs juifs qui étaient dans son appartement", cela aurait pu constituer un élément, a noté la magistrate. Mais "ce n'est pas le cas".

"Je ne suis pas antisémite", a affirmé l'accusé pendant son procès, insistant sur son amitié pour la victime. "C'était mon seul repère", a déclaré cet homme instable, consommateur de cocaïne et d'héroïne, qui vivait isolé et sans emploi. Mystique, il assure que René Hadjadj l'a "aidé à découvrir le judaïsme". 

Il a peiné à expliquer son geste, renvoyant à sa "maladie" diagnostiquée pendant sa détention provisoire. L'un des experts interrogés a évoqué une "psychose paranoïaque", d'autres un "trouble grave de la personnalité", tous évoquant des syndromes de "persécution".

Son avocate, Me Pilloix, a elle aussi écarté tout motif antisémite, estimant que les enregistrements et publications présentés au débat étaient incompréhensibles, incohérents et "pas assez en lien avec notre affaire".