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Le monde de l'édition sonné par le départ du PDG de Grasset, des auteurs préparent une riposte

De nombreux écrivains préparent mercredi une riposte au départ du PDG emblématique de Grasset derrière lequel ils voient la main du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, une nouvelle crise dans l'édition à la veille...
Le PDG de Grasset, Olivier Nora, le 2 février 2018 à Paris © JOEL SAGET

Le PDG de Grasset, Olivier Nora, le 2 février 2018 à Paris © JOEL SAGET

De nombreux écrivains préparent mercredi une riposte au départ du PDG emblématique de Grasset derrière lequel ils voient la main du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, une nouvelle crise dans l'édition à la veille de l'ouverture du Festival du livre de Paris.

"Une action commune" est en préparation par des dizaines d'auteurs, dont beaucoup dénoncent "l'éviction" d'Olivier Nora, qui dirigeait depuis 26 ans Grasset, l'une des principales maisons d'édition du groupe Hachette contrôlé par Vincent Bolloré.

"La parole individuelle ne suffit pas, il faut agir collectivement", dit sous couvert de l'anonymat à l'AFP un membre d'un collectif d'une centaine d'auteurs qui s'est constitué dans l'urgence et doit se réunir en fin de journée pour concrétiser leur mobilisation.

Certains auteurs historiques de Grasset ont déjà annoncé leur intention de quitter ce fleuron de l'édition française qui compte dans son catalogue Virginie Despentes, Vanessa Springora ou Gaël Faye.

"J'ai toujours dit que si on touchait un cheveu d'Oliver Nora, je partirais de Grasset et ma position n'a pas changé", a déclaré à l'AFP Sorj Chalandon, dont le dernier roman, "Le livre de Kells", a été publié en 2025.

L'essayiste Bernard-Henri Lévy a écrit sur X qu'il "suivrait" Olivier Nora "là où il irait".

Avec l'éviction d'Olivier Nora, "c'est la diversité de Grasset, où on trouve des gens de droite comme de gauche, qui est attaquée", a confié un membre du collectif d'auteurs.

Aucune raison n'a été donnée officiellement pour expliquer le départ de cet éditeur respecté qui s'était porté garant de l'indépendance de Grasset après le rachat d'Hachette par Vincent Bolloré en 2023.

Le divorce serait lié, selon une source proche du dossier, à la publication du prochain livre de Boualem Sansal, dont l'arrivée chez Grasset en provenance de Gallimard, son éditeur historique, avait fait grand bruit en mars.

"Les deux parties ont fait le constat d'un désaccord" sur l'opportunité de publier cet ouvrage, consacré à la détention de l'écrivain franco-algérien en Algérie, dès juin sans attendre l'automne comme le souhaitait Olivier Nora, indique cette source. 

Indépendance

Olivier Nora, 66 ans, ne s'est jusqu'à présent pas expliqué sur son départ, se contentant d'exprimer sa "fierté d'avoir pu porter les couleurs" de Grasset "en toute indépendance".

Son départ est une nouvelle étape dans la recomposition des maisons contrôlées par Hachette Livre, le numéro un de l'édition française et troisième éditeur mondial, impulsée ces dernières années par Vincent Bolloré. 

Arnaud Nourry, son PDG pendant 17 ans, et Sophie de Closets, la patronne de Fayard, sont ainsi partis sur des désaccords avec la nouvelle orientation prise par le groupe.

Depuis, Fayard, traditionnellement réputé pour ses ouvrages d'histoire, a surtout publié les ouvrages d'auteurs marqués à droite ou à l'extrême droite comme Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella et Philippe de Villiers. 

La crise chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, succède à Olivier Nora, devrait être largement débattue au Festival du Livre, qui s'ouvre jeudi soir au Grand Palais.

Le grand rendez-vous annuel de l'édition, qui avait attiré 114.000 visiteurs en 2025, réunira 1.800 auteurs et quelque 450 exposants en mettant à l'honneur le voyage et la bande dessinée.

Ne seront toutefois présentes que quatre maisons d'édition appartenant à Hachette, qui a préféré organiser en mars son propre salon du livre pour célébrer ses 200 ans.

Soucieux de s'éloigner des polémiques qui agitent le secteur, le Festival du livre veut "célébrer la lecture sous toutes ses formes, de la littérature aux albums jeunesse en passant par la New romance, et attirer tous les lecteurs", indique son directeur général Pierre-Yves Bérenguer.

Son ambition est aussi de promouvoir "le livre augmenté" en le mêlant au cinéma, au spectacle vivant, à la musique ou aux arts.

Car l'enjeu est de "trouver des voies pour inverser le déclin de la lecture", affirme Vincent Montagne, le président du Syndicat national de l'édition.

Cette tendance est particulièrement marquée chez les jeunes, qui ne consacrent que 18 minutes par jour à la lecture en moyenne, contre 03H01 aux écrans, selon une étude publiée mardi par le Centre national du livre (CNL).