Portrait

Le Pavillon Vauclair, nouveau levier économique du Chemin des Dames

Inauguré en 2023, le Pavillon Vauclair structure désormais l’accueil des 50 000 visiteurs annuels du site cistercien. Cet équipement public transforme ce flux touristique en levier de croissance pour le territoire, en misant sur les services de proximité, les circuits courts et l'itinérance douce.

Au cœur de la forêt domaniale de Vauclair, les ruines de l’abbaye fondée en 1134 par Saint-Bernard, constituent un pôle d’attraction majeur pour le département de l’Aisne. Pourtant, malgré une fréquentation dépassant les 50 000 visiteurs chaque année, le site a longtemps souffert d'un manque d'infrastructures d’accueil. Ce déficit, identifié dès le début des années 2010, a trouvé sa réponse dans la création du Pavillon Vauclair, un projet complexe situé à l'intersection d'enjeux patrimoniaux, environnementaux et administratifs.

Une prouesse architecturale et administrative

Le dossier, qui a mobilisé durant dix ans l’État, le département, les architectes des Bâtiments de France et la communauté de communes du Chemin des Dames, a dû répondre à des contraintes techniques strictes. Le domaine appartenant à l’État et géré par l’Office National des Forêts (ONF), l’emprise au sol devait rester minimale. Le choix s’est porté sur un bâtiment construit sur pieux, garantissant sa réversibilité totale et un impact environnemental limité. «Il manquait un point d’accueil», rappelle Martine Bricot, présidente nouvellement élue de la communauté de communes, évoquant l'absence historique de sanitaires et de points de restauration sur ce site pourtant très fréquenté. 

Financé par la taxe de séjour, une ressource stratégique pour cette intercommunalité de 5 600 habitants, et par des subventions de l’État et de la région des Hauts-de-France, l’édifice remplit une triple mission : information touristique, médiation culturelle et service de proximité. Le hall d'accueil intègre notamment une maquette interactive en 3D permettant de visualiser l'abbaye telle qu'elle existait avant sa destruction quasi totale lors de la Première Guerre mondiale.

Un catalyseur pour les circuits courts

L’aspect économique du projet s'incarne particulièrement dans «la Guinguette», une brasserie intégrée au pavillon. Ouverte d’avril à août, elle attire autant les touristes que des locaux, notamment des artisans qui viennent déjeuner en profitant de ce cadre exceptionnel. Perrine Tardiveau, qui assure sa deuxième saison après une reconversion professionnelle, y défend une approche locale : «c’est vraiment un lieu qui manquait ici». La carte met en avant des productions du terroir, notamment les bières des brasseries BMC (Laon), La Marode (Junely) et la Jack Farm (Berrieux). Cette offre de restauration a permis au Pavillon de comptabiliser plus de 4 000 visiteurs l’an dernier. L'infrastructure sert également de pôle culturel, attirant un public dépassant les frontières départementales, avec une présence marquée de visiteurs en provenance de Reims, confirmant l'attractivité de la programmation estivale.

Cap sur 2026 : l’enjeu de l’itinérance verte

Le développement du site franchit une nouvelle étape en ce printemps 2026. Idéalement situé sur le tracé de la voie verte, le Pavillon Vauclair s’apprête à obtenir le label «Accueil Vélo». Ce marquage transformera le site en aire de service spécialisée, incluant des dispositifs de réparation de vélos en libre-service. L’objectif est de capter le flux croissant du cyclotourisme, segment en forte progression dans la région. Pour consolider ce modèle économique, la communauté de communes travaille parallèlement sur l'ouverture d'une boutique. Nicolas Lancel, chargé du développement territorial, prévoit l'introduction de produits dérivés spécifiques, dont une médaille à l’effigie de l’abbaye éditée par la Monnaie de Paris. En associant sentiers pédagogiques et services modernes, Vauclair entend prolonger la durée de séjour des visiteurs, condition sine qua non pour pérenniser l’activité économique de cette vallée de l’Ailette.