Jordan Bardella au cœur de la cité médiévale de Carcassonne: c'est l'image du premier déplacement du patron du RN dédié aux municipales mais aussi le symbole de l'ambition du parti pour qui cette vitrine touristique internationale constituerait une prise de choix.
"Ici, on est typiquement dans une ville que peut gagner le Rassemblement national", a proclamé le jeune président de la formation d'extrême droite dans ce décor de prestige, incarnation de l'histoire millénaire de la France, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.
Dans les ruelles de la citadelle, Christophe Barthès, le candidat du RN à la mairie, se distingue peu des gardes du corps de M. Bardella: même silhouette massive et même proximité avec le chef.
"La ville est prenable, et surtout on est porté, les gens veulent du changement tout simplement", veut croire M. Barthès. Il est devenu député RN de la première circonscription de l'Aude en 2022, réélu en 2024 avec 61,4% des voix, un score qui, selon lui, signifie que "quelque part, je dois susciter un espoir ou une attente pour les gens".
"Sécurité, tranquillité et propreté" sont les priorités affichées de son programme qui veut faire de Carcassonne une "ville où l'on célèbre ce qui fait notre identité", proclame l'un des tracts de campagne: "racines occitanes", "fêtes populaires", gastronomie et savoir-faire.
Rayonnement
"Les gens ne nous demandent pas des choses extraordinaires, ce n'est que du quotidien, leur devant de porte, leur rue, leurs quartiers", affirme à l'AFP, de sa voix rocailleuse, cet agriculteur de métier.
A 59 ans, M. Barthès, qui a débuté sa carrière politique au sein de l'ancien RPR, en est à sa troisième campagne municipale mais les deux premières étaient à Trèbes, commune rurale où il réside toujours.
L'appétit du RN pour Carcassonne, dont le rayonnement national et international est porté par la fréquentation touristique de la citadelle, sixième monument le plus visité de France, inquiète les autres acteurs politique de la ville.
Et c'est même l'une des raisons avancées par Gérard Larrat, 84 ans, maire (DVD) sortant élu depuis 2014, pour expliquer son choix de repartir en campagne alors qu'il avait affirmé en 2020 entamer son dernier mandat.
"Je ne veux pas que certaines tendances s'imposent en ville", a-t-il glissé il y a quelques jours en marge d'un point de presse. Et de répondre, quand on lui demandait s'il se voyait comme un rempart face à l'extrême droite: "c'est ce qu'on a avancé pour me motiver".
Belle endormie
Dans un contexte national où il affirme craindre "une vague" RN "qui submergera tout", l'édile met en avant son bilan local. "Ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir embelli la ville, mis de la vie, de la couleur, de la détente, des infrastructures indispensables dans le domaine culturel et sportif", affirme-t-il.
Mais son choix de repartir en campagne a divisé son camp.
Un moment engagée dans la course, son ancienne première adjointe, Isabelle Chésa, fille d'un maire emblématique de la ville (Raymond Chésa (RPR), élu de 1983 à 2005), s'est retirée quand M. Larrat s'est lancé. Une autre liste estampillée Horizons s'est montée autour de François Mourad, ex-conseiller du maire, et de Magali Bardou, ex-adjointe au tourisme, qui veulent "réveiller la belle endormie" qu'est, selon eux, devenue Carcassonne.
D'autres membres de la municipalité sortante ont même rejoint la liste conduite par M. Barthès qui voit dans ces ralliements un attachement à sa "grande volonté de faire changer les choses".
Cette "division très forte" est le signe d'une majorité "à bout de souffle", selon Alix Soler-Alcaraz, 34 ans, premier secrétaire fédéral du PS dans l'Aude, qui a bâti une union de gauche associant Ecologistes, PCF et Place publique, tandis que LFI et NPA devraient également présenter une liste.
Se poser en rempart contre le RN était "la seule solution pour M. Larrat", estime le candidat de gauche, car "les Carcassonnais ne veulent pas de la continuité avec une majorité sortante usée".
Dans une "ville très fracturée" et face à la "vision étriquée d'une société qui divise et exclut" portée par le RN, il estime que sa liste, axée sur le "bâtir ensemble", représente la seule alternative.